3 minutes avec Pierre Lunère : LOL, voyance & littérature

J’ai rencontré Pierre Lunère un 11 septembre. C’était un mercredi assez funeste malgré la douceur du temps, et l’hérédité malheureuse de la date semblait avoir déterminé ma journée.


J’avais préparé des questions un peu nulles, filé mon collant à un endroit peu approprié, et péniblement essayé de me remettre de ma gueule de bois en enchaînant quelques huit heures de réunion - sans grand succès.


Malgré tout, j’ai débarqué au C’sters café, aux abords du parc Dausmenil, avec curiosité et appréhension (et un peu de retard aussi).



Escalier B, Paris 12

Pierre Lunère


Il faut dire que son roman, je l’avais adoré. Escalier B, Paris 12, c’est une comédie policière grinçante et grincheuse, portée par la voix d’un personnage toqué et attach(i)ant. C’est le quotidien de Pierre, gardien grognon d’un immeuble haut en couleurs (et en relous), partagé entre colis réceptionnés, doléances de locataires et quelques séances de tarot - parce que Pierre n’est pas uniquement gardien - il est voyant.


Aie - ça se complique.


Parce que la voyance, en littérature, ce n’est pas quelque chose que l’on croise souvent. D’ailleurs, la voyance a bien mauvaise presse, entre les illuminés qui te distribuent des mini tracts commerciaux dans le métro, le mythe de Madame Irma et ton horoscope que tu lis tous les matins mais qui ne se réalise jamais. C’est nébuleux, aléatoire, sujet à interprétation - bref, c’est difficile de naviguer entre 3615voyance-arnaque.com et les codes ultra établis de la gitane avec sa boule de cristal, son foulard, son nez crochu et sa verrue sur le pif.


L’atout de Pierre - le personnage, pas le romancier (mais le romancier aussi) - c’est qu’il est loin, très loin de ces codes-là. Ici, il est davantage Patricia Arquette dans la série Medium qu’une petite diseuse de bonnes aventures délirante dans une foire à l’atmosphère grise. Et encore ! Exit les flash à la Charmed, ici on parle tarot, sensations, images et interprétations, pas des espèces de saut dans le futur aux allures de prophétie œdipienne.


Ce qui est intéressant dans ce roman, c’est qu’il décloisonne complètement les genres : il combine trois domaines souvent incompatibles qui, cette fois, s’allient dans un cocktail explosif et original.


Il y a donc la voyance, mais aussi le policier, soutenu par le personnage de Marion-Lara au caractère aussi alambiqué que son prénom. Fliquette provinciale et cagole expatriée de son sud natal, elle a l’accent prononcé et un style qui détonne dans les rues polissées de la capitale. Bon gré mal gré, elle entraîne la mauvaise humeur et les dons surnaturels de Pierre dans une enquête loufoque (mais pas très jolie) sur fond de prostituées chinoises sous la coupe d’un sosie de la Première Dame, de kidnappings en freestyle, de love story canine et d’indices cocasses genre allergies aux cacahuètes. Pour quelqu’un qui voulait juste qu’on lui foute la paix, c’est mal barré.


C’est drôle, c’est hyper caractérisé, porté par un style vivace et cynique, mais toujours tendre. Surtout, c’est fascinant de voir un roman partir ailleurs que dans les écueils auxquels on est habitués. Évidemment, le ton grinçant ne gâche rien, mais la vraie bonne surprise de ce roman, c’est sa façon de tout si bien représenter que c’en est presque réel - sans être non plus trop éloquent. Le diable est dans les détails, et les détails de Pierre Lunère sont bien choisis, mais suffisamment opaques pour laisser la part belle à l’imagination.


Je lui ai demandé s’il connaissait déjà le futur Goncourt 2019 - dommage, il n’avait pas la réponse.



en collaboration avec...

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