5 bonnes raisons de découvrir Stéphane Jouanny

« Elle et moi on ne s’aime pas. On se dévore. On se shoote à la présence de l’autre et on s’injecte des sentiments en quantité mortelle. » Est-ce qu’il vous en faut vraiment plus pour plonger dans le premier roman de Stéphane Jouanny ?

Une punchline efficace, une histoire d’amour désoeuvrante et vorace — Stéphanne Jouanny s’enlise avec une grâce aussi poétique que contrariée dans les affres d’un amour qui élève et qui assassine. Je sais, vous avez déjà envie d’en lire les premières lignes. S’il reste quelques réfractaires, voilà cinq raisons de 1. Lire l’extrait en bas de l’article pour en tomber amoureux, et 2. Commander ce roman ASAP.


#1 Parce qu’il nous ressemble


L’histoire, elle est banale, finalement. Jeune, amoureux, déchu, trompant sa solitude dans l’alcool et les mondanités, palliant l’absence de l’Autre dans toutes les autres, jouer, haïr, souffrir. Une lucidité entrecoupée de rosé, une relation qui commence et qui finit, cette certitude d’avoir aimé plus que les autres, de connaître ce sentiment unique d’amour fou, si puissant qu’il en est destructeur. Cette illusion narcissique de se croire pire que les autres et mieux que tout le monde, au-dessus de ceux qui vivotent, qui ne toucheront jamais du doigt le dixième de ce qui nous torture. L’impunité.


Moi, Représente Tous, Et parle au nom de Ceux, c’est exactement ça : l’histoire qu’on croit vivre aussi, l’histoire qu’on aimerait vivre, le grand amour dévastateur, aux antipodes du romantisme mais beau, idéaliste, nostalgique d’une insouciance obsolète. L’histoire est banale parce que c’est la nôtre ; et parce que c’est la nôtre, dès la première page, elle devient unique.

« Je vis ma vie comme une série américaine, une sorte de Californication à la française, les années en moins, les monuments en plus. Il est 19h17, un rendez-vous galant programmé dans treize minutes à peine, et toujours pas parti de chez moi. Je sors d’un périple mensuel de débauche, un triathlon qui repose sur trois choses : boire, sortir, baiser. »

#2 Parce que c’est le petit frère de Lolita Pille


La première phrase aurait pu être « Je suis une pétasse », l’iconique premier roman de Lolita Pille, « Hell », qui a marqué bon nombre d’entre nous — et Stéphane Jouanny n’y fait pas exception. L’idylle destructrice d’Hell et d’Andréa avait de quoi faire frémir, celle-ci ne déçoit pas non plus, quoique plus réaliste, sans perdre de son arrogance. Pas de pétasse ici, puisque le narrateur est un Homme, et c’est sans doute le point le plus rafraichissant du roman : ça fait du bien de lire l’amour au masculin. On pourrait presque croire à une suite d’Hell où Andréa serait le narrateur : même lucidité maudite, même truculence qui nous plait tant, même irrévérence lancinante … à un ou deux détails près.


Le décorum, déjà. Un fond de jeunesse dorée parisienne qui baise au Queen, à Marbella et dans les soirées mondaines, mais pas tellement riche, pas tellement dévergondée, pas tellement incontrôlable. MTC, c’est plus plausible, plus probable, plus nous — l’histoire d’amour folle qui nous emporte un jour, au détour d’un regard ou d’un frisson, et qui finit mal. C’est l’après. Et rien que pour ça, ça vaut le coup.


#3 Parce que c’est moderne


La littérature a toujours un train de retard, quand il est question d’amour. Entre Marc Lévy et la Chick Litt, on touche à un mode de vie et à une façon d’aimer qui tombent trop facilement dans la désuétude. Les coups d’un soir à répétition parce que « l’amour fait souffrir » ? Lu à outrance. Les belles histoires d’amour avec un fantôme ? Bitch, please.


La littérature mainstream a une idée très fantasmagorique des relations, qui fait certes rêver, mais qui loupe un des aspects fondateurs du plaisir de lire : l’identification. Je ne sais pas vous, mais ce qu’écrit Marc Levy ne ressemble ni à ce que je ressens, ni aux histoires d’amour que je vis. (C’est sûrement pour ça que je ne l’aime pas. À moins que ce soit parce qu’il est mauvais ?)


Et c’est sûrement pour cela que j’aime ce qu’écrit Stéphane Jouanny : parce que ça me ressemble. Parce qu’aujourd’hui on aime connectés, on aime sur Twitter et sur Instagram, parce qu’on se perd dans des bras pour oublier une odeur, parce que le rosé en terrasse est l’opium de notre siècle, parce qu’on se dope aux sentiments exaltants, parce qu’on aime à coup de labels et de nuances syntaxiques, parce qu’on est accro au jeu perpétuel de séduction et au choix pléthorique que nous offre Tinder. Parce qu’il y a sûrement mieux ailleurs. MTC c’est ça, l’incursion dans une histoire d’amour moderne, qui aime et qui haït avec nos codes idiots et narcissiques mais réels, qui touche à notre vérité, qui rend les mots palpables, qui les emplit à nouveau de sens, gonflés à bloc par le sentiment inévitable d’identification.


#4 Parce que c’est générationnel

Ça vous rappelle quelque chose ? Je vous vois sourire d’ici, à vous souvenir de la dernière fois que vous avez eu la même conversation avec vos parents. MTC, c’est autre chose qu’une histoire d’amour qui vous fait vibrer : c’est une histoire générationnelle. La même prise sur la société, la même hyperconsommation, le même stage, et les mêmes problèmes, la même peur de l’avenir, la même idée du travail et du chômage, de la réussite, la même vision des autres.

Tout ce qu’on a toujours pensé, sans jamais vraiment le dire.


#5 Parce que c’est un page-turner


Une fois commencé, impossible à lâcher. Entre un narrateur auquel on ne peut s’empêcher de s’identifier et un sens aiguisé de la formule, impossible de ne pas se laisser embarquer dans les affres désabusés de ces pages qui se tournent toutes seules. On dévore, on adore, on adhère. Efficace, érudit, enjôleur, sarcastique, tantôt grandiloquent, tantôt laconique, enivrant, addictif — je suis sûre qu’en lisant le chapitre qu’on vous offre ci-dessous, vous n’y résisterez pas.

en collaboration avec...

P.O.L.

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