5 romans de la rentrée littéraire que j'ai détestés

Les promesses étaient grandes, le résultat ne l'est pas tellement. Voici 5 romans qui m'ont déçue cette rentrée... Mais qui ne vous décevront peut-être pas.


#1 Cora dans la spirale, Vincent Message


LE PITCH Ce roman, c'est celui de notre siècle. C'est Cora, jeune trentenaire, qui revient de congé maternité, qui laisse sa fille à la maison, qui perd ses journées rythmées par les biberons pour retourner dans le rouleau compresseur quotidien qu'est le Paris des travailleurs. Métro, ligne 1 direction La Défense, boulot, avec un changement de management radical, dodo, pour l'équilibre difficile que Cora essaie de maintenir.

Parce qu'en son absence, beaucoup de choses ont changé : l'entreprise familiale qu'elle a quitté est devenue un grand groupe dirigé par des actionnaires, la hiérarchie n'a plus rien de sympathique, son poste de responsable marketing lui semble dérisoire, et les couloirs bruissent à coup de rumeurs sur la restructuration à venir. Dans ce grand bordel industriel, Cora explose en plein vol.


POURQUOI JE L'AI DÉTESTÉ Parce que j'attendais un roman épique sur notre société, sur ses contradictions, sur le monde du travail, sur le management et aussi sur la façon dont les rêves d'artiste meurent dans les couloirs qu'on empreinte tous les matins. Au lieu de ça, je me suis embourbée dans un roman d'une lenteur insupportable, trop minutieux pour être impactant, et dans un récit qui avance sans aucune action. C'est long, flambé de détails dont on aurait pu se passer, ça bride la lecture, c'est exempt de tension. Le destin de Cora, qui devait se révéler dans un tableau industriel apocalyptique, se perd en atermoiements et vire à l'errance, aux mauvais choix, à un récit sans éclat bourré de platitudes.


FAIS-TOI TA PROPRE IDÉE


#2 La Chaleur, Victor Jestin


LE PITCH Ambiance camping, chaleur étouffante du Sud, longues journées gorgées d'un soleil qui ne laisse aucun répit à Léonard, 17 ans, ado mal dans sa peau. Ça chambre sur la plage, ça évite les parents, ça prend de l'autonomie comme c'était tout seul, ça se retrouve dans les douches, ça se frotte et ça s'aime pour quelques minutes, ça brise les coeurs entre la plage et la tente. Et puis, au détour d'une soirée, entre la plage et le bungalow, Léo croise Oscar. Il est étranglé par les cordes d'une balançoire, et meurt sous ses yeux. Léo ne fait rien.


POURQUOI JE L'AI DÉTESTÉ C'est un roman contemplatif, un roman qui fait ressentir le poids de la chaleur et de la souffrance, un roman qui s'inscrit d'emblée dans l'héritage de Camus, dès la première phrase : « Oscar est mort parce que je l’ai regardé mourir, sans bouger. » Et... C'est tout. Rien d'autre. Ni action, ni justification, ni épaisseur à ce roman qui reste en surface d'un garçon bizarre qui enchaîne les mauvaises décisions, mais ne plonge jamais dans le fond du problème, jusqu'à la fin, en suspens, où l'auteur s'offre une porte de sortie un peu trop facile et carrément frustrante.


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#3 Maintenant comme avant, Juliette Arnaud


LE PITCH Ce roman, c'est un roman d'adolescence. C'est rose, 18 ans, qui se lève un matin et se retrouve confrontée à sa mère, de retour après presque deux décennies d'absence. Si cela ne tenait qu’à elle, Rose accueillerait son chat fugueur de mère à coups de balai. Sauf qu’Emiliano, le père de Rose, n’a pas la même opinion des chats fugueurs en général, et de celui-là en particulier. Commence alors un récit familial sur fond d'acceptation et de griefs qui marquent toute une vie.


POURQUOI JE L'AI DÉTESTÉ Parce que ça ressemble davantage au journal intime d'une gamine de dix ans qu'à une jeune adulte bouleversée par la décomposition de son noyau familial. Le ton badin est pourtant bienvenu, et affranchit le récit du pathos dans lequel il aurait pu tomber. Mais le vocabulaire enfantin et l'immaturité du personnage principal donnent au roman des airs de nunuche difficilement supportable.


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#4 Nous étions nés pour être heureux, Lionel Duroy


LE PITCH Nous étions nés pour être heureux, c'est un huis-clos. Avec des airs du Dieu du carnage de Yasmina Reza, ou du film Juste la fin du monde, le roman de Lionel Duroy met autour d'une table une fratrie pétrie d'une histoire tumultueuse pour signer leurs grandes retrouvailles après trente ans de silence.

Le point de départ de cette dispute, c'est Paul, ou plus exactement ses romans autobiographiques qui étalent leur enfance désastreuse noir sur blanc. Des romans qui ont fait du mal à leurs parents et qui ont déchiré la famille et isolé l'écrivain. Autour de ce déjeuner dominical, tous se retrouvent, se regardent dans le blanc des yeux et remuent leur griefs entre les oeufs mimosa et le dessert.


POURQUOI JE L'AI DÉTESTÉ Parce qu'il y a plus de personnages encore que dans Game of Thrones, et que je me suis noyée dans leurs prénoms sans pouvoir les identifier. Le problème de ce roman, pour moi, c'est qu'il ne se concentre pas sur le repas, mais qu'il voyage dans le temps, et qu'il inonde les pages de nouveau prénoms toutes les cinq minutes. Si Paul n'avait convoqué que ces neuf frères et soeurs, le roman aurait pu, à mon sens, contenir son récit et ses allers-retours permanents à différentes parties de leur vie. Mais voilà, il ne sont pas seulement dix autour de la table. Tous les enfants sont là - et ils sont nombreux - parfois même les petits-enfants, et ses ex-femmes aussi font une apparition. Ce qui fait environ dix personnages principaux, entre vingt et trente enfants, sans compter les époux•ses et les exs : au bas mot 45 personnages. Je vous mets au défi de vous souvenir de qui est qui au bout de cinquante pages.


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#5 D'innombrables soleils, Emmanuelle Pirotte


LE PITCH Roman sulfureux et hyper méta : voilà qui avait tout pour me plaire. L'histoire, c'est celle d'un couple, Walter & Jane, qui recueillent Christopher Marlowe, grand tragédien de l'ère élisabéthaine, sacrément amoché. Mais voilà, entre l'écorché vif et l'épouse insoumise naît une attraction passionnelle où les corps et les esprits s'unissent dans un élan charnel et artistique, un amour hanté par la création et l'urgence du temps qui reste


POURQUOI JE L'AI DÉTESTÉ Parce que je me suis perdue en route entre des étreintes trop explicites, presque ostentatoires, et un ton hyper conservateur. D'innombrables soleils, pour moi, c'est un peu le Cinquante nuances de Grey des tradi, un roman hyper sulfureux mais en réalité très classique, au coeur de l'Angleterre élisabéthaine, jonchée de références culturelles à outrance.


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