7 romans qui ont changé ma vie

Est-ce qu'un roman peut vraiment changer une vie ? il y a quelques années, j'aurais eu tendance à vous dire "lol, non", avec ce petit air condescendant que vous percevez sans doute très bien dans ces deux petites mots. Pour moi, les livres qui changent une vie, c'était forcément des bouquins de développement personnel, souvent réducteur et bourré de lapalissades.


Et pourtant, en réfléchissant aux romans qui m'avaient profondément marqué ces dernières années, le genre de romans que j'aime encore quinze ans plus tard, dont les bribes me reviennent et le style m'émeuvent toujours - bref, ces romans qui ont gardé ce "wow effect" malgré le fait que je les ai lus, relus et rerelus - je me suis dit que, finalement, chacun m'avait influencé à sa manière, pas de façon drastique, mais profonde. ils ont influencé ma vision du monde, mon idéal de vie et mon rapport à la littérature, et j'avais très envie, aujourd'hui, de vous en parler.


7 romans qui ont changé ma vie

#1 Hell, Lolita Pille


ÇA PARLE DE QUOI • Est-ce qu’il faut encore présenter encore cette légende des temps modernes ? Hell, c’est le roman iconique d’une génération nourrie à Beigbeder, une génération qui a connue Loft Story et qui a vécu son adolescence avant Facebook.

C’est la rencontre d’Ella et Andréa, deux vingtenaires dopés aux sac Dior et à la coke, avec juste ce qu’il faut de mordant et de cynisme pour redorer le cliché de la jeunesse dorée à la parisienne.


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • À peu près toute ma vie. Ça a complètement changé ma vision de la littérature, qui ne se résumait jusqu’ici qu’à un spectre assez réduit, entre Mme Bovary qui m’ennuyait prodigieusement (désolée aux Gustavettes) et la chick litt qui n’était pas suffisamment à la hauteur des standards des Lumières pour être considérée comme de la littérature (dans mon jeune esprit parce que oui, depuis, j'ai évolué sur la question).


Quand j’ai lu Lolita Pille, j’en suis tombée instantanément amoureuse. D’abord, parce que le mélange savant entre son style érudit et sa capacité à être grossière sans être vulgaire est prodigieuse. Mais surtout parce qu’avec elle, j’ai compris que je pouvais aimer la littérature, qu’elle pouvait me ressembler, qu’elle pouvait avoir un autre goût que ces livres écrits par des hommes au XIXè siècle qu’on me sermonnait à longueur de journée. Globalement, c’est elle qui m’a donné le goût d’écrire, exactement comme Beigbeder lui a fait se dire « oh, mais moi aussi je peux écrire comme ça. » C’est plutôt joli comme hérédité, non ?


#2 Les morues, Titiou Lecoq


ÇA PARLE DE QUOI • C’est un roman badass qui parle de trois copines, d’une enquête un peu surréaliste, de comment on s’aime au XXIème siècle, des dessous de la  privatisation du patrimoine culturel français, de féminisme aussi. C’est un peu un croisement entre Bridget Jones et Ronan Farrow : une certaine idée de l’amitié, de la vie et de l’amour, un rapport obsessionnel à la vérité.


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • Ça a changé l’image que j’avais des romans de femmes. Je crois que c’est le premier roman - et un des seuls à ce jour ? - qui montre des femmes qui existent sans être obsédées par leurs rapports aux hommes.


#3 L’amour dure 3 ans, Frédéric Beigbeder


ÇA PARLE DE QUOI • « Au début, tout est beau. Vous n'en revenez pas d'être aussi amoureux. Vous écrivez des livres là-dessus. Vous vous mariez, le plus vite possible - pourquoi réfléchir quand on est heureux ? La deuxième année, les choses commencent à changer. Vous faites l'amour de moins en moins souvent et vous croyez que ce n'est pas grave. Vous défendez le mariage devant vos amis célibataires qui ne vous reconnaissent plus. Vous-même, êtes-vous sûr de bien vous reconnaître, quand vous récitez la leçon, en vous retenant de regarder les passantes ? La troisième année, vous regardez les passantes. Vous sortez de plus en plus souvent : ça vous évite de parler. Vient bientôt le moment où vous ne pouvez plus supporter votre épouse, puisque vous êtes tombé amoureux d'une autre. Vous commencez un nouveau livre. »


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • Ma vision de l’amour et de la littérature. D'une certaine façon, la lecture de ce roman a achevé ce que Lolita Pille avait commencé : j’y ai découvert le cynisme délicieux et l’art de la formule de Beigbeder, j’ai appris qu’on pouvait écrire sur le présent, que la littérature pouvait sublimer les choses laides. Quelque part, cette lecture doudou, je l’ai aussi érigée en modèle sentimental, et il m’a poussé à m’enfermer dans une adoration de l’autodestruction à la Pete Doherty dans laquelle je lisais étrangement une irrésistible poésie du chaos.


#4 Le bonheur commence à 20h10, Thomas Raphael


ÇA PARLE DE QUOI • Ça parle d’une doctorante en lettres modernes qui atterrit par hasard dans les coulisses de La Vie La Vraie (pastiche à peine caché de Plus belle la vie), et qui va devoir mener de front sa thèse qui stagne sous la pression de sa mère, présidente de la même université, sa vie amoureuse avec Marc, son mec sympa mais ultra snob, et un job pas très glamour pour la série la plus raillée et certainement un peu aussi la plus regardée de France qui lui ouvrira, si tout se passe bien, les portes des maisons d’édition où elle rêve d’être publiée.


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • Ça a mis une sacré épine dans le pied de mon snobisme. Il faut dire que j’étais la première à moquer Plus belle la vie… Tout en la regardant régulièrement. Et pourtant, j’ai été complètement fascinée par la façon ultra réaliste dont le roman décrit les coulisses de la série, et le rapport qu’entretiennent chacun des personnages avec ce monument culte du PAF actuel.

Surtout, ce roman m’a appris que oui, on pouvait être feel-good, léger et intelligent en même temps, que non, les romans n’étaient pas toujours bourrés de stéréotypes et que, franchement, il serait peut-être temps d’arrêter de taper sur Plus belle la vie. Depuis, j'assume complètement de regarder la série à ma pause dej tous les jours.


#5 Le diable s’habille en Prada, Lauren Weinsberger


ÇA PARLE DE QUOI • Je ne vous insulterai pas en vous en racontant le résumé.


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • Mais toute ma vie ! Le diable s’habille en Prada, c’est le premier - et l’un des seuls - roman(s) qui ait réussi à être un feel-good, qui plus est sur le milieu de la mode, tout en ayant suffisamment de profondeur pour en faire un vrai sujet. C’est vraiment LE roman qui m’a fait réaliser qu’on pouvait - et qu’on devait ! - exiger davantage du feel-good. Depuis, je n’ai cessé de lire les nouveaux romans de Lauren Weisberger dans l’espoir d’y retrouver la même recette… En vain.


#6 Belle du seigneur, Albert Cohen


ÇA PARLE DE QUOI • "Solennels parmi les couples sans amour, ils dansaient, d'eux seuls préoccupés, goûtaient l'un à l'autre, soigneux, profonds, perdus. Béate d'être tenue et guidée, elle ignorait le monde, écoutait le bonheur dans ses veines, parfois s'admirant dans les hautes glaces des murs, élégante, émouvante, exceptionnelle, femme aimée, parfois reculant la tête pour mieux le voir qui lui murmurait des merveilles point toujours comprises, car elle le regardait trop, mais toujours de toute son âme approuvées, qui lui murmurait qu'ils étaient amoureux, et elle avait alors un impalpable rire tremblé, voilà, oui, c'était cela, amoureux, et il lui murmurait qu'il se mourait de baiser et bénir les longs cils recourbés, mais non pas ici, plus tard, lorsqu'ils seraient seuls, et alors elle murmurait qu'ils avaient toute la vie, et soudain elle avait peur de lui avoir déplu, trop sûre d'elle, mais non, ô bonheur, il lui souriait et contre lui la gardait et murmurait que tous les soirs ils se verraient."


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • C’est le premier roman - et l’un des rares - qui m’ait fait aimer la littérature classique. C’est beau, intemporel, poétique. Ça me laisse encore coîte de beauté.


#7 Beaux rivages, nina bouraoui


ÇA PARLE DE QUOI • C'est une histoire simple, universelle. Après huit ans d'amour, Adrian quitte A. pour une autre femme. Beaux rivages est la radiographie de cette séparation. C’est le portrait d’une relation avortée au XXième siècle, de comment elle ne s’arrête pas aussi vite que les mots sont dits, de la façon dont internet et les réseaux sociaux endiguent la folie amoureuse, de la douleur de voir l’autre partout s’afficher avec un étranger.


ÇA A CHANGÉ QUOI ? • Ça a été un électrochoc. C’est la première fois où j’ai eu l’impression de me lire dans un livre. De voir comme notre époque asphyxiait les couples, ou comment il les maintenait en vie de façon artificielle, à coup de souvenirs Facebook et de starking sur Instagram.

en collaboration avec...

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