Babylone, Yasmina Reza

Le génie atypique de l’écriture de Reza, qui a fait ses armes sur ses premières et ses plus connues pièces de théâtre, se met au service d’un vaudeville burlesque qui célèbre la ville, qui tire au polar et à la comédie, qui virevolte d’un personnage à l’autre en parvenant à toucher, en profondeur, l’âme et la dignité humaine. A ce roman à retardement, on décernera volontiers le prix du plot twist le plus wtf de cette rentrée littéraire. (Flammarion)



Extrait. « Tout le monde riait. Les Manoscrivi riaient. C’est l’image d’eux qui est restée. Jean-Lino, en chemise parme, avec ses nouvelles lunettes jaunes semi-rondes, debout derrière le canapé, empourpré par le champagne ou par l’excitation d’être en société, toutes dents exposées. Lydie, assise en dessous, jupe déployée de part et d’autre, visage penché vers la gauche et riant aux éclats. Riant sans doute du dernier rire de sa vie. Un rire que je scrute à l’infini. Un rire sans malice, sans coquetterie, que j’entends encore résonner avec son fond bêta, un rire que rien ne menace, qui ne devine rien, ne sait rien. Nous ne sommes pas prévenus de l’irrémédiable ».


Un roman dans la lignée de "Carnage"


C’est le roman qui déchaîne toutes les passions, cette rentrée. Si l’on devait choisir un trio gagnant du buzz littéraire, Yasmina Reza, Catherine Cusset et Gaël Faye seraient sur le podium. Reza, on l’attendait, surtout — on l’attend chaque fois. On l’a vue s’illustrer sur l’Art et sur l’amitié, avec ce talent inouï d’écrire la discorde, de faire grimper un dialogue sans autre artifice qu’une intensité progressive, subtile et imperceptible, on l’a connue dans Le Dieu du carnage, ce huis-clos-chef d’œuvre adapté au cinéma par Polanski, on l’a décriée dans L’Aube, le soir ou la nuit, ce roman polémique qui suivait Nicolas Sarkozy pendant sa campagne de 2007, et puis on l’a applaudie avec Heureux les heureux, ce formidable roman qui sublime le premier amour, il y a trois ans.


Quand j’ai rencontré Yasmina Reza, j’étais sans voix devant le génie bouillonnant d’une femme calme et posée, j’étais impressionnée par son talent singulier, par la force des nuances de ses mots. Babylone, je l’attendais avec impatience — je n’étais pas la seule. Il m’a fallu exactement 71 pages pour retrouver la pleine dextérité de sa plume.


Babylone, ou le vaudeville revisité


Babylone, c’est une fête de printemps bourgeoise qui tourne au drame. Yasmina Reza emprunte tous les codes du vaudeville, mais s’en affranchit en le montant à l’envers. Après la fête, Jean-Lino s’aperçoit qu’il ne supporte plus les sempiternels discours écolo-bio de son exubérante femme, et l’étrangle pour la faire taire — définitivement, puis se réfugie chez Elisabeth et Pierre. Ce petit meurtre entre voisins grince admirablement dans ce qu’il dépeint le tour sordide que prend la fête intello-bobo. Comme dans l’ensemble de son œuvre, la mécanique Reza est bien huilée : un malentendu ordinaire déclenche toujours la catastrophe et, par effet papillon, un minuscule engrenage se détraque, puis détruit subrepticement la machine.


À partir du concret, d’objets réels, le style sec et la netteté assassine de Reza, son élégance ravageuse nous entraîne dans ses digressions sarcastiques. Elle épingle les concepts creux de notre société, manie le paradoxe avec un irrésistible sens dialectique. Babylone met 71 pages à démarrer, 71 pages d’un contexte qui se dresse par une variation sarcastique sur la solitude, sur le couple, sur l’abandon — 71 pages où l’on peut s’ennuyer, mais qui prennent tout leur sens à la soixante-douzième et dans toutes les suivantes, dans ce plot twist qui déclenche enfin l’action et l’avidité du lecteur à s’accrocher aux rebondissements caractéristiques de Reza. Un roman indubitablement réussi, surprenant, déstabilisant — le made in Reza jubilatoire que l’on attendait, finalement.

en collaboration avec...

P.O.L.

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