Continuer, Laurent Mauvignier

L’auteur-roi des reconstitutions intimistes nous offre, avec Continuer, un roman d’aventure qui explore le Kirghizistan et écosse le passé d’une famille désossée à la dérive. (Editions de Minuit)



Extrait. « Lui, c’est ça d’abord qu’il ressent. Mais il ne sait pas le nommer. Il ne sait pas regarder sa peur et ne voit que le mot dans lequel il peut la faire tenir tout entière, musulman, parce que ce mot devient pour lui le nom de la terreur. Parce qu’il a peur des attentats, qu’il a peur des images qu’il voit des banlieues, lui qui n’y a jamais foutu les pieds, lui qui vit dans un monde où les musulmans ne sont que des ombres dans les supermarchés et des silhouettes à la télévision, ou dans la rue, qui le frôlent, respirent le même air que lui mais avec qui il n’a jamais parlé, des gens à qui il pourrait demander sa route, un renseignement, avec qui il pourrait partager un moment. Comme s’il avait peur de comprendre qu’il y a des femmes et des hommes derrière ce masque — le nom qui effraie est aussi celui qui rassure : il donne un lieu où jeter tout ce qui nous oppresse et nous terrorise. »


Laurent Mauvignier, le grand nom du drame intimiste


Derrière une bibliographie incontestée (Loin d’eux, Apprendre à finir, le sublime Dans la foule, Des hommes ou Autour du monde parmi les plus connus), se cache un archéologue aguerri du sentiment, un scrutateur virtuose qui décortique le passé de ses personnages avec lenteur, avec douceur, pour les dépouiller de tous leurs ingrédients, pour n’en garder que l’essence, pour en exhiber les failles. Continuer engage Sybille et Samuel dans un voyage presque initiatique au Kirghizistan, à la recherche d’une vérité profondément enfouie. Il avait vaincu le stade du Heysel et la centrale de Fukushima, la France et l’Algérie, la Tanzanie et la Floride, Israël et la Russie — cette fois, Mauvignier explore les provinces Kirghizes dans un périple équestre à l’aide de Sybille, une mère à la dérive qui a abandonné ses amours — la chirurgie, l’écriture, Gael et ses idéaux de gauches — et Samuel, en hommage à Beckett, qui joue les skinheads et qui a été pris la main dans le sac dans une tournante. Même le père, dont Sibylle vient de divorcer et qu’elle appelle à la rescousse, est impuissant à empêcher le naufrage inévitable de ce garçon qui aimait tant monter et qui s’obstine désormais à tomber.


Un roman d'apprentissage qui réinvente le genre


Pour le sauver, Sybille emmène son fils dans un voyage méditatique. Au fil de rencontres improbables avec des Kirghizes ou des Français, le long des vallées et des flancs de colline, des falaises et des maraichages, le duo flirte avec le danger et pénètre dans le passé en recouvrant, peu à peu le lien distendu qui les unissait.


Dans des scènes époustouflantes de beauté et de silence, Mauvignier passe du monologue intérieur à la fresque polyphonique, de la petite à la grande Histoire, et ausculte l’expédition métaphorique qui se cache derrière ce raid à cheval : celle, plus intime, que Sybille effectue dans son passé, douloureux et infranchissable, dans les souvenirs de l’homme qu’elle aimait, dans sa peur des attentats, dans ses désillusions de gauche et ses rêves avortés. La prose de Mauvignier galope dans ce roman qui reprend le thème qu’on a si souvent lu chez lui : comment continuer quand notre destin se brise ? Et, comme dans l’ensemble de son œuvre : s’il n’y apporte pas de réponse, l’auteur en dessine au moins les pistes dans une symphonie harmonieuse de mots et de sentiments inouïs.

en collaboration avec...

P.O.L.

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