Hunger, Roxane Gay

« Le gras, tout comme la couleur de peau, c’est quelque chose que vous ne pouvez pas cacher, malgré tous les vêtements sombres du monde ou le soin que vous mettez à éviter les rayures horizontales.

Quoi que vous fassiez, votre corps est au centre des discussions avec votre famille, vos amis et même des inconnus. Il fait l’objet de commentaires quand vous prenez du poids, quand vous en perdez ou quand vous demeurez à un poids inacceptable. Les gens vous balancent volontiers des statistiques et des infos sur l’obésité, comme si vous n’étiez pas seulement gros, mais aussi incroyablement stupide. Ces commentaires sont souvent déguisés en ‘inquiétude’, car les gens n’ont en tête que votre ‘intérêt’. Ils oublient que vous êtes une personne. Vous êtes votre corps, rien de plus, et ce corps devrait vraiment tendre vers sa réduction. »



Hunger


Hunger, ce n’est ni l’histoire d’un corps, ni « juste » l’histoire de Roxane Gay. C’est une analyse sociologique fine de son rapport au corps et, surtout, de son rapport aux autres via le prisme de son corps. Ça parle de ce qu’est « être gros », d’avoir les cuisses qui frottent et qui s’irritent l’été, mais surtout de ce qu’est « être gros » dans notre société : devoir prendre deux place dans l’avion, devoir constamment faire face à l’indélicatesse permanente des uns, et aux conseils inopportuns des autres.


Hunger, c’est l’histoire d’un corps qui n’est pas celui que la société attend. C’est Roxane, 12 ans, violée par son amoureux et ses potes dans une forêt, qui mange, mange, mange pour trouver du réconfort, de la sécurité, de l’invisibilité. Mais en cherchant à disparaître du spectre du désir, Roxane se retrouve exposée en permanence. A tant vouloir se fondre dans les autres, les autres ne voient plus que ses 260 kg, Dès lors, elle n’est ni brune, ni rousse, ni jolie, ni moche, ni bête ou intelligente : elle est juste grosse. Elle ne se définit pas par son poids : les autres le font pour elle.


L’obsession du monde occidental pour le poids


Si vous êtes une femme et que vous vivez aux États-Unis ou dans un pays occidental ; si vous êtes obsédée par l’idée de manger trop ou de ne pas manger assez (c’est plus rare) ; si vous utilisez des mots comme « craquer » et « péché mignon » – ces mots qui nous inspirent un sentiment de honte et destinés à mettre nos corps au pas, il est fort probable, et ce quelle que soit votre silhouette, que vous entretenez un rapport à la nourriture frisant le fétichisme.


Je ne connais aucune femme qui ne m’ati pas dit après les fêtes – et même parfois pendant – « ohlala, il faut que je me mette au régime ». Peu importe la raison, qu’elle soit médicale ou psychologique : c’est devenu un réflexe de le dire, comme pour s’excuser d’avoir trop mangé, pour montrer qu’on sait qu’on doit en avoir honte et queoui, on en a bien honte, ou même pour le dire soi-même avant que quelqu’un d’autre ne s’autorise à nous le dire. Parce qu’aujourd’hui plus que jamais, le corps des femmes est entré dans l’espace public. Il est scruté, commenté, taillé par une société qui s’emploie à le normer.


La minceur comme monnaie d’échange


Impossible de lire Hunger et de ne pas me sentir concernée.

Je suis grosse.

Pas 260 kg grosse, mais suffisamment grosse pour que mes fesses débordent sur le siège d’à côté dans le métro et que je sois toujours à l’affût d’astuces pour survivre au frottement de mes cuisses dès que je porte une robe sans collants l’été. Avant même d’être grosse, j’étais déjà grosse : j’ai fait ma puberté très tôt en grandissant dans une société où il fallait être plate pour être jolie. Je me suis toujours sentie grosse, même quand je ne l’étais pas. Sans doute parce que les modèles de femmes qui m’étaient montrées étaient grandes, minces et sublimes, ou parce que mes copines n’avaient pas eu leur poussée d’hormones alors que je faisais déjà un bonnet C. J’étais différente, et la différence ne passe jamais inaperçue.


Si Roxane Gay lisait ça, elle me rirait surement au nez. Selon elle, il y a « être gros » et « être gros ». Je comprends le propos, même si je suis à peu près sûre que lorsque l’on se trouve gros, il n’y a pas 150 nuances de gros : il y a le gros, et le non-gros.

Je ne connais aucune des épreuves qu’elle a traversées, ni les humiliations, ni les commentaires des médecins. Bien sûr, je vois parfois mon corps dans les yeux des autres, comme si je pouvais l’oublier, mais si peu que c’en est dérisoire. Malgré ça, la société me rappelle en permanence que je ne suis pas ce qu’elle attend de moi, à coup de pubs anticellulite dans le métro ou de marques de régime alimentaire qui me ciblent sur YouTube parce que finalement, quel que soit mon poids, je suis une femme et, par essence, toute femme est sensée vouloir mincir.


« Aujourd’hui, je suis une grosse. Je ne pense pas être laide. Je ne me déteste pas comme la société voudrait que je me déteste, mais je déteste la façon dont elle réagit trop souvent face à ce corps.

Je comprends que je ne suis pas le problème. Le problème, c‘est ce monde qui refuse de m’accepter, de m’intégrer. Mais je pense qu’il est plus vraisemblable que je change avant que cette culture et l’attitude qu’elle entretient envers les gros ne changent. J’ai beau mener le « bon combat », être body positive, il faut quand même que je pense à ma qualité de vie ici et maintenant. »


Tu peux lire les premières pages d'Hunger juste ici !


en collaboration avec...

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