J’ai toujours ton cœur avec moi - Soffía Bjarnadóttir

« Aussi loin que je me souvienne, maman a toujours brûlé de l’intérieur. Comme Narcisse, elle était en quête de sa propre flamme. Du feu originel. Dans ma jeunesse, elle possédait les pouvoirs caractéristiques du phénix. Un oiseau millénaire qui bat des ailes et renaît de sa propre déchéance. Régulièrement, elle rejaillissait des cendres, belle et fraîche, le soleil éclairant son visage. Impossible d’endurer la vie avec de tels personnages. Terre calcinée et odeur de brûlé à chaque pas. Puis voilà que cet ersatz de phénix s’élève comme le soleil à l’aube, et nous demeurons en arrière, la face grise des cendres. On dirait que rien ne peut affecter ces gens-là. Ainsi était Siggỳ. Mon frère et moi étions spectateurs, et toute notre vie a eu le goût des cendres. »




Premier roman d’une poésie bouleversante, J’ai toujours ton cœur avec moi met une jeune fille, Hildur, face au fantôme de sa mère, bien plus présente dans la mort qu’elle ne le fut de son vivant. Dans un style épuré et poétique, Soffía Bjarnadóttir plonge brièvement son héroïne dans les hantises de la mort et des souvenirs, de la peur de l’héritage et de la folie, le temps d’une pause hors du monde, sur une petite île islandaise, et hors du temps, dans un voyage permanent entre passé et présent. « La neige qui recouvre la petite ile de Flatey m’oblige à regarder droit dans les yeux cette argile dont je suis issue. La seule chose qui compte, c’est que Siggỳ est passée dans l’eau delà et qu’elle n’en reviendra pas. Ma maman qui jamais n’endossa le rôle de mère ».


Le style dépouillé et l’annonce calfeutrée de cette maman qui est morte fait forcément appel à Camus, et on lirait presque entre les lignes de Bjarnadóttir « Maman est morte ». Plus poétique, plus torturé aussi, J’ai toujours ton cœur avec moi s’élance dans les replis sinueux du souvenir familial, dans les extrêmes d’une relation étrange, dysfonctionnelle entre une mère et sa fille. Un dysfonctionnement qui se transmet : Hildur n’échappe pas à l’atavisme et tombe dans les mêmes travers que sa mère, dans la même folie douce, dans la même incapacité à endosser son rôle de mère avec son fils qui s’échappe.


Dans la petite maison jaune dont elle hérite, elle revit ses ruptures : l’absence du père, le départ du frère, l’éloignement du fils. Ses balises s’estompent, ce qu’elle a mis en place pour oublier disparaît, ses souvenirs s’entrechoquent, se mélangent, les histoires s’entrecroisent. Avec pudeur, Soffia Bjarnadottir restitue ce sentiment du vide et de l’absence. Un voyage temporel au bout de l’Islande qui nous embarque dans une longue promenade de souvenirs, remplie comme jamais par l’inconsistance ostentatoire de l’insupportable vacuité. (Zulma)

en collaboration avec...

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