Je ne suis pas parisienne, Alice Pfeiffer

« La tribune des trois Catherine - Deneuve, Millet et Robbe-Grillet - où elles revendiquaient, entre autres, le droit de se faire importuner par des hommes, indique tout particulièrement une césure en France. D’un côté, ces bourgeoises pour qui la seule expression acceptable de la liberté serait une sexualité débridée et affichée, de l’autre celles qui subissent les violences d’un machisme institutionnel, systémique. Deux mondes qui ne se rencontrent jamais. D’un côté, une élite germanopratine, et de l’autre, le quotidien d’une majeure partie des femmes qui n’ont rien en commun sinon la peur du sexisme omniprésent. On remarque aussi une plus grande connivence de classe que de genre : Catherine Deneuve prend ainsi la parole pour défendre Roman Polanski… jamais Nafissatou Diallo. »


Autopsie de la "femme française"


Dans cet essai moderne et hyper intéressant, Alice Pfeiffer s’attaque à « l’icône de la french woman », et plus particulièrement la Parisienne, enviée dans le monde entier pour son allure, sa silhouette, son esprit, sa culture, sa séduction, sa maternité parfaite, toujours patiente, flanquée d’enfants bien élevés. Promue par la presse féminine, la politique, la publicité et maintenant par les réseaux sociaux pétris de profils s’étant approprié ces codes, ce mythe d’une femme idéale et complètement paradoxale a été créée par le marketing et ô combien reprise par la mode et l’industrie du luxe qui en ont fait leur étendard.


Mais derrière cette représentation uniforme de la femme - une parisienne sophistiquée mais pas trop, qui fait semblant de lire Deleuze en agitant sa longue crinière, sa bouche écarlate faisant ressortir un teint forcément diaphane - se révèle en creux une norme écrasante, sexiste et discriminatoire créée par la société française.


Un must-read absolu pour réfléchir à sa façon se penser les femmes aujourd’hui.


3 Parisiennes décortiquées


Voici trois des thèmes décortiqués dans cet essai - et le sommaire complet.


💛LE MYTHE DE LA CAGOLE • Ou comment la France préfère une Jeanne Damas (Rouje) ou une Morgane Sézalory (Sézane), parisiennes pur jus avec la parfaite panoplie de la « french women » : taille fine, talons aiguilles, un style naturel et sophistiqué, toujours un bon roman dans sa poche pour la caution littéraire ; à une Loana, figure de la cagole qu’on adore regarder et critiquer.


EXTRAIT • « Loana chatouille un fantasme classiste, elle est celle qui séduit sexuellement mais dont on méprise l’infériorité sociale. Elle devient l’autre, l’amante indigne, désirable mais jamais bonne à marier avec un homme comme il faut. Elle devient une star anti-glamour, on se délecte de chacun de ses faux-pas, de ses lacunes culturelles, de ses prises de poids, de ses dépression. Elle devient l’exemple à ne pas suivre. »


💛L’INTELLECTUALISME STYLÉ • Ici Alice Pfeiffer dénonce l’exploitation de la culture, et plus particulièrement de la littérature, comme accessoire de mode. Des it-girls griffées NRF aux blogueuses qui achètent des Gallimard chez les bouquinistes qu’elles ne liront jamais mais qu’elles disposeront élégamment entre un shampoing sec et une fleur sur un post Instagram : la nouvelle French Woman n’est plus seulement stylé même quand il neige sur ces talons de 9cm ou avec sa frange épaisse et impeccable en plein moins d’août, elle est intellectuelle, cultivée, loin de la futilité et de la superficialité qui colle à la peau de la mode. Ou, du moins, elle (s’)en donne l’illusion, et ajoute un poids supplémentaire sur ses paires qui doivent être effortlessly belles, working girls et intellectuelles.


EXTRAIT • « Lire c’est si chic, l’accessoire idéal ! » Ce besoin d’un chic intellectualisé est hyper présent dans la mode parisienne. « Tellement chic » d’avoir un livre qui dépasse de la poche ! Je l’apprends d’une blogueuse mode qui m’explique qu’elle a trouvé une édition d’ouvrages sociologiques « piles à la bonne taille » pour laisser voir le titre dépasser de sa poche de trench-coat. Elle n’est pas la seule. « Mon accessoire ? Le dernier Goncourt. Idéalement en édition NRF, j’adore leur couv’ », me confie une attachée de presse dans la haute couture. Sa peur ? « Faire écervelée, inculte. »

Et bientôt l’idée se glisse dans la grande machine du luxe. À la fin d’un défilé parisien, le créateur me confie que l’inspiration de sa collection était « Deleuze mais qui aurait grandi à la Courneuve » ; un autre : « Raveuse existentielle. Mais chic. »

Le résultat ? Une promesse marketing inédite, celle de déculpabiliser l’acte d’achat en l’enveloppant d’une justification cérébrale. On assure aux clientes qu’elles seront à la fois féminines et féministes ; à la pointe, engagées, sans rien perdre du regard de l’homme. Voilà pourquoi, au fil de ces années, cette performance de l’intellect est valorisé par la pub. Leïla Slimani, écrivaine et prix Goncourt, fait des podcasts féministes pour Chanel.

À Paris, ce que l’on nomme culture est rigoureusement sélectionné. On se cache pour lire le roman érotique grand public Cinquante nuances de Grey ; un libraire me propose même, blagueur, de recouvrir la couverture de papier cadeau « pour que je ne me fasse pas enquiquiner dans le métro ».


💛NI GAZELLE NI PANTHÈRE • Pourquoi n’y a-t-il pas de Marianne noire ? C’est sur le cas Flora Coquerel, Miss France jugée « indigne » par des milliers de lettres de représenter ses paires, qu’Alice Pfeiffer ouvre cette chronique et interroge sur la représentation de la beauté, nécessairement blanche, de la Française. Derrière les petits noms en apparence innocents de « gazelle » ou de « panthère », elle dénonce le black-washing des marques, comme l’Oréal qui s’autoproclame roi de la diversité en choisissant Munroe Bergdorf, femme noire transgenre, et Amena Khan, mannequin musulmane voilées, comme égéries ; mais qui s’en sépare au moindre tweet revendicateur.


EXTRAIT • « Ce glissement symbolique, également vrai pour l’accoutrement de la cagole souvent cité par la bourgeoise, et plus apparent que jamais dans la question de race, pour la mode comme pour la féminité. Lou Doillon dénonce de façon virulente la sexualisation de Nicki Minaj dans son clip « Anaconda », où cette dernière danse en sous-vêtements de façon assez suggestive. L’actrice française donne son verdict : « ma grand-mère s’est battue pour autre chose que porter un string » – un droit qu’elle s’octroie en l’occurrence sans trop de problèmes quand elle pose mi-nue en couverture de Playboy, sans pour autant se voir interdite au blacklistée dans un défilé. En bref, grâce à sa peau blanche, Lou Doillon semble toujours engagée, jamais vulgaire – quoi qu’elle fasse, elle est maîtresse de ses propres actions. »


Les autres chapitres


« Oser » une ronde ?

Le fantasme de la beurette ou « l’orientalisme de proximité »

De la harpie à cougar : âge, sexualité, féminité

De la belle Juive à Mme Sarfati : réflexion sur la féminité juive

De camionneurs à Lesbian Chic, la Parisienne face à l’imaginaire que

Madame-tout-le-monde n’est personne

Le Parisien, un Français qui s’ignore

Suis-je devenir la pire des Parisiennes ?

en collaboration avec...

P.O.L.

plon

PRÉLUDES

presses de la cité

RIVAGES

robert laffont

stock

VERTICALES

ZULMA

  • Black Instagram Icon
  • Black Twitter Icon
  • Black Pinterest Icon
  • Mails

©LolliothEque2018 / Tous droits réservés

Powered by HARD WoRK ONLY