La maison Golden - Salman Rushdie

A la fois contemporain, exotique et New-Yorkais, La Maison Golden empreinte les codes des Mille et une nuits pour raconter une histoire presque banale : celle d'une famille riche et mystérieuse aux fils névrosés, au père ensorcelé par une jeune russe ambitieuse, au passé trouble et à l'avenir incertain. Un bijou à tous points de vue.


Tu te rends compte, dit Suchitra, que c’est devenu un film sur toi et que tous ces Golden ne sont que des facettes de ta propre personnalité. […] Tous les personnages sont l’auteur. C’est comme le Madame Bovary, c’est moi de Flaubert.

Un conte exotique


Un énigmatique millionnaire venu d’un lointain Orient prend ses quartiers dans le bijou architectural des “Jardins”, une communauté préservée nichée au cœur de Greenwich Village. Flanqué d’une jeune maîtresse russe, la sulfureuse Vasilisa, Néron Golden est accompagné de ses trois fils adultes : Petronius, dit Petya, l’agoraphobe génie de l’informatique, Lucius Apuleius, dit Apu, l’artiste mystique, et Dionysos, dit D., l’indéfini sexuel. Ainsi, on rentre dans La Maison Golden comme dans un conte : fantastique, exotique comme une sorte de Dallas du XXIème siècle saupoudré d'une bonne dose de cet humour anglais qui a fait le succès de Salman Rushdie et de David Lodge en France.

Chaque fois que j’entendais parler du passé de la famille, je découvrais des failles dans le récit familial des Golden.

Pour le narrateur, voisin torturé des Golden, qui vient de perdre ses parents, l'emménagement de la fascinante famille devient à la fois un remède et une muse : en s'installant dans le quotidien de Néron, il se love dans le soap opéra de leur présent dont il devient à la fois spectateur et acteur, enquête sur leur passé qui l'obsède, et attend avec impatience le futur de la dynastie.


Belle du Tsar


« Je les ai regardés danser comme ils avaient déjà fait en Floride : les années semblait se détacher du vieil homme tandis qu’il se déplaçait, si droit, si agile, la jambe légère, si attentif à sa partenaire, le langage de la danse murmurait ces mots magiques et semblait le rajeunir a vu d’oeil. Et elle, entre ses bras, donnant libre cours au pouvoir de sa beauté, s’approchait de lui comme pour coller les lèvres à son oreille, puis arquait son dos nu pour s’éloigner de lui, recommençant sans cesse le même mouvement, le tenant à sa merci par le charme le plus puissant qu’il soit, le jeu de la séduction fait de rapprochement et d’éloignement, Vasilisa se laissait guider par lui, et elle nous dit sans avoir besoin de le dire : je ne crains rien, je le tiens, de tout le pouvoir ensorcelé de mon corps, je lui ai demandé de me serrer si fort dans ses bras que même s’il le voulait, il ne pourrait pas me laisser tomber.

Ce n’est pas une danse, me dis-je, c’est un couronnement. »


Dans les imbroglio des Golden, se trouve l'histoire d'amour et d'affaires quand Vasilisa, la jeune courtisane russe, rongée par l'ambition, séduit Néron de ses charmes exotiques pour s'offrir une situation. Rusée, agile, ensorcelante, elle s'installe dans le conte et construit le mythe familial comme une araignée tisse sa toile. La Belle du Seigneur devient la Belle du Tsar, tantôt douce, tantôt dure, toujours tactique. Jusqu'à signer la fin de la dynastie Golden ?

"Il l’a sous-estimée. Il s’est trompée tant sur sa propre vulnérabilité que sur sa détermination à elle. Sous sa grande force apparente, il y a la solitude et elle la flaire comme un chien de chasse flaire sa proie blessée. La solitude, c’est une faiblesse et on a affaire à Baba Yaga sous les traits de Vasilisa la Belle. Si elle le veut, elle peut le dévorer. Elle peut le dévorer à l’instant même."


Un roman ultra contemporain


Malgré une histoire teintée de l'Inde du XIXème siècle, parfois même des contes sépulcraux, le génie de La Maison Golden, et surtout de Salman Rushdie, est d'ancrer son récit dans la contemporanéité, et de commenter l'actualité avec humour. Ainsi, le narrateur analyse les faits divers, le lynchage d'une femme sur les réseaux sociaux, l'élection d'Obama puis la très controversée campagne présidentielle 2016 à coup d'effets de réel très efficaces.


"C’est le printemps, les dernières glaces ont disparu de l’Hudson, des voiles joyeuses apparaissent le week-end sur les eaux. Sécheresse en Californie, plusieurs Oscars pour Birdman. À la télévision, le Joker annonce sa candidature à l’élection présidentielle, accompagné de tout son escadron suicide. […] Il était, manifestement, complètement fou. Le plus étonnant, et ce qui rendit cette année électorale singulière, c’est que les gens le soutenaient non pas en dépit de sa folie mais justement parce qu’il était fou."


Les fils Golden, notamment D., à la sexualité indéfinie, permettent à l'auteur d'aborder le sujet de l'identité sexuelle et de prôner un discours très 2018 de tolérance.


« En ce moment tu pourrais être TG, TS, TV, CD. Tout ce qui pourrait te convenir. Transgenre, transsexuel, travesti, cross-dresser. Autrefois, les gens écopaient d’étiquettes devant leur nom. Du style TS Ivy ou CD Riya. ll y avait aussi Sex Change. ‘Tiens, voilà Sex Change Sally’. Tout le monde transsexuel a évolué aujourd’hui. Maintenant on parle seulement de Sally, ou de n’importe qui. Fini les compartiments. »


La Maison Golden, c'est avant tout l'histoire d'une dynastie : une famille puissante, riche, expatriée dont le passé émerge malgré eux dans un paysage social et politique sur le point d'exploser. Comme une cartographie de notre monde dans laquelle évoluent drames, manigances et amours contrariées, Rushdie explore les recoins de la littérature à coups de références modernes et éclectiques pour façonner un récit hybride, entre roman, scénario et théâtre, mais définitivement réussi. Une parenthèse enchantée dans cette rentrée littéraire.


Tu peux découvrir les premières pages de La Maison Golden juste ici !


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