Le consentement, Vanessa Springora

Ça m’a donné envie de casser des gueules. De briser des genoux. De frapper très fort des sourires complaisants. De mettre mon poing dans cet air de connivence.



V. vs Matzneff


On ne va pas faire comme si on ne savait pas de quoi on parlait, comme si le roman n’avait pas retapissé toute l’actualité depuis sa sortie, et même avant. On sait tous très bien que Vanessa Springora raconte Matzneff, l’homme de lettres, le pédophile, le cinquantenaire qui a séduit, sali, puis raconté au monde entier une gamine à peine nubile à la force de ses mots.


"Histoire de la violence", comme dirait Edouard Louis


Le consentement, c’est un roman qui prend aux tripes. Je ne dirais pas que c’est un roman fracassant. Il n’est ni cru, ni vulgaire, ni extrêmement dur. La sournoiserie de cette violence-là, c’est qu’elle embrasse le lecteur. Elle est doucereuse, hésitante d’abord, par petites touches, elle pointe le bout de son nez. Elle est laide mais timide, comme des parents qui démissionnent de leur rôle, comme un vieux beau qui remarque une pré-ado lors d’un dîner mondain.


Puis elle se fait plus pressante, elle s’instille par pans un peu plus larges, comme une idylle interdite que l’on cache à sa mère pour les plus mauvaise raison, comme l’oppression policière qui plane sur un couple illégitime, comme la complaisance qui finit par gagner l’entourage et les autorités.


Parfois, la violence est assourdissante ; elle te prend la gorge et elle te fait monter la bile comme comme un homme qui te murmure au creux de l’oreille que ce n’est pas grave si tu as si peur de la pénétration que ton corps se bloque, qu’en attendant, on peut faire autre chose, et puis qui te sodomise. À treize ans, l’amour n’a pas de barrière, n’est-ce pas ? Elle te foudroie tout droit dans tes bottes quand un psy te coupe l’hymen à l’hôpital pour que tu puisses satisfaire ton amant. Elle t’engouffre tout entière quand ceux qui doivent te protéger te jettent au feu, quand tu te défais enfin de cette union toxique et que ta mère, soufflée, te dit « oh le pauvre ! Tu es sûre ? Il t’adore. »


L'amour, la pédophilie et l'époque


Ce qui est fou, c’est que lorsque Vanessa Springora replace l’infâme dans son contexte, quand elle raconte le vieux dégueulasse adoubé de tous et les pétitions florissant dans Le Monde pour supprimer la majorité sexuelle, quand elle dit De Beauvoir qui signe pour une liberté sexuelle tellement totale qu’elle influerait les enfants - les enfants ! De Beauvoir ! - ça aiderait presque à comprendre.

Pas l’acte, ni cette complaisance immonde, mais le courant de pensée du moment qui cherchait à adouber toute interdiction à l’heure de la grande libération des moeurs et qui a traîné d’illustres intellectuels dans son sillage. Ça ne fout pas moins la gerbe, mais ça trouble. Et puis ça révolte. Ça donne envie de se battre, de pleurer aussi.


Souvent, je pense à V., 13 ans, abandonnée à cet homme. Parfois, je pense à tous ces gens qui n’ont rien dit, à tous ceux qui ont souri, qui ont regardé ailleurs, qui se sont laissé aveugler par les strass et les paillettes. À ces professeurs qui l’ont jugée, elle, mais qui ne l’ont pas jugé, lui. Aux amis. Aux amis de sa mère. Aux bonnes femmes prudes qui étaient outrées à la sortie de l’école. À tous ceux qui l’ont regardée de travers, mais qui ne lui ont jamais tendu la main. Qui doivent affronter leur reflet dans le miroir tous les matins. J’espère qu’ils crèvent de honte.


Pour lire les premières pages du roman, c'est juste ici. Prépare tes mouchoirs et ta bassine.


en collaboration avec...

P.O.L.

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