Le Ventre de la Fée, Alice Ferney

« Il avait l’impression que c’était le premier véritable viol, et ce qui l’étonnait c’était de vivre cette dérive sans lui prêter aucune gravité. Si incroyable que cela puisse paraître, il avait autrefois retenu des envies dont l’assouvissement le remplissait maintenant d’indulgence. Il comprit que le plaisir était capable d’étouffer jusqu’aux regrets. Car c’était un plaisir immense, une jubilation du corps qui s’allégeait un instant de toute forme de conscience. Dans le combat contre le corps de l’autre, lorsqu’il était entré dans le corps de l’autre, lorsqu’il avait refermé ses mains sur la chair de l’autre, et que ses ongles avaient crevé la peau en même temps qu’il crevait de plaisir, il avait oublié. Oublié ce qu’il y a de plus horrible dans la vie, son déroulement de ruban insensible. Pour lui désormais c’était clair : son désir assouvi était revenu plus vigoureux, si pressant qu’il faudrait bien recommencer, qu’il était impossible d’imaginer lui résister. Il ne résisterait pas : la même crise, la même jouissance, il y pensait sans cesse. Il savait qu’il recommencerait, bientôt, demain peut-être, parce qu’il ne contrôlait plus rien de corps baigné une fois dans la violence. »

Il était une fois une femme divine, d’une beauté sculpturale, douce et aimante. Mariée à un homme qui l’aimait inconditionnellement, la fée donna naissance à Gabriel, archange monstrueux qui, malgré tout son amour, voit grandir en lui une bête sauvage. D’un naturel taciturne et crue, Gabriel confectionne des boîtes morbides destinées à enfermer les petits corps de ses proies animales.


Mais la fée tombe malade, et meurt. Le mari, inconsolable, quitte la maison qui abritait leur amour et laisse Gabriel à lui-même, en proie à ses pulsions malsaines alors qu’il pleure le vide laissé par cette mère parfaite. En roue libre, le jeune monstre écume la ville à la recherche de proies humaines toujours plus jeunes qu’il viole, tue, découpe sans jamais se rassasier.


Dans un style d’une candeur et d’une précision fascinante, d’Alice Ferney signe son premier roman macabre, qui sera suivi par beaucoup d’autres – moins lugubres, plus axés sur la dissection des relations humaines. Le contraste saisissant entre la violence inouïe de Gabriel et la douceur du texte d’Alice Ferney place ce roman noir dans l’ambivalence, entre l’horreur et la poétique. Magnétique et sinistre, Le Ventre de la fée frappe par images, beau et terrible à la fois, inéluctable, immoral, impartial. Une fée qui accouche d’un monstre ; un monstre qui donne naissance à l’incroyable Alice Ferney.

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