Les choses humaines, Karine Tuil

« Sur ce qui s’est passé là-bas, tu dis que nous n’avons pas vécus la même histoire mais au fond de toi, tu le sais : tu m’as violée. Toi, tu dis partout que j’étais consentante, que nous avions trop bu, ton père a parlé de ´20 minutes d’action’, il a même utilisé cette expression : on est dans la ´zone grise´. Mais c’est quoi, la zone grise, puisque je n’ai jamais été consentante ? La zone grise, c’est une zone inventée par les hommes pour se justifier, dire : les choses n’était pas claires, j’ai pensé qu’elle voulait, je me suis trompé, et passer à autre chose sans avoir à se sentir coupable ni rendre des comptes pour le mal qu’ils ont fait. »



Le pitch


Avec papa qui présente le JT sur une chaîne nationale et maman qui débat dans les plus grands médias pour promouvoir ses essais, Alexandre a tout pour réussir dans la vie : il a les moyens, l'acharnement, le milieu social et le réseau. Et pourtant, l'assurance que lui ont conféré vingt ans de facilités et de court-circuit le plonge finalement dans les affres de la tourmente quand, un soir, après un peu trop d'alcool et de shit et de coke car rien n'est jamais trop, Alexandre viole Mila. Enfin - "viole" est un bien grand mot dont il se défend : il a peut-être été un peu brutal, mais elle était consentante, non ?


Une histoire de consentement et de paradoxes


Ne vous méprenez pas : Les choses humaines, ce n'est pas uniquement un roman sur le viol. En mettant un fils à papa sur le banc des accusés, Karine Tuil tisse le premier élément d'une toile subtilement bien huilée dans laquelle le consentement et sa perception sont décortiqués et saupoudrés d'une sacrée dose de tribunal médiatique, de bien-pensance sociétale, des arcanes d'un milieu privilégié face à une jeune femme qui tiendra bond. Qui dit vrai ?


C'est un roman bouleversant qui renverse les forces et qui fait bouger les camps. Qui met Claire, incarnation de la pensée féministe, face à ses contradictions quand, soudain, lorsqu'il faut défendre son fils, la ligne n'est plus si nette, le consentement n'est plus si évident et les soupçons de fausses accusations deviennent envisageables... Qui fait ployer un gosse de riche qui a toujours eu tout ce qu'il voulait sauf peut-être l'attention de son père (un cliché un peu éculé qu'on aurait pu éviter), qui le place en difficulté, qui met finalement tout un milieu social privilégié face à l'implacable accusation de viol, celle qui colle à la peau, qui entache, qui fait réinventer la soirée milles fois à défaut de faire changer les mentalités.


Prix Goncourt 2019 ?


Les choses humaines, c'est un très bon roman. Un roman sociétal qui autopsie la question du consentement, la façon dont la perception du viol se fabrique et la résistance de certains milieux sociaux nourrie par 'ambivalence des discours médiatiques. De là à en faire un Prix Goncourt ?


À la première lecture, j'ai eu envie de dire non, trop échaudée par le syndrome Chanson douce. Et pourtant, en y réfléchissant, c'est un roman qui mériterait l'attention médiatique que l'illustre jury. Parce qu'il cartographie parfaitement ce qui déchire le débat public aujourd'hui, parce qu'il réussit à s'étoffer d'une profondeur peu commune, et surtout car il permettrait de tempérer pas mal de discours et de faire réfléchir une société un peu trop encline à défendre le droit d'être importunée. Et pourtant, je reste convaincue que c'est un roman trop moderne, novateur et politiquement incorrect pour être couronné du Goncourt. Je suis sûre qu'il y aura bien un énième récit sur une énième guerre pour le remporter - le prix à payer pour avoir un jury principalement masculin et grabataire. Dommage.



Découvre les premières pages du roman Les choses humaines juste ici !


en collaboration avec...

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