Les yeux rouges, Myriam Leroy

S'il ne fallait lire qu'un seul roman de cette rentrée littéraire, ce serait celui-là.


Le pitch


”Il s’appelait Denis. Il était enchanté. Nous ne nous connaissions pas. Enfin, de toute évidence, je ne le connaissais pas, mais lui savait fort bien qui j’étais.”


Elle a une trentaine d’années, un job de journaliste qui l’amène à épingler la société à travers des pastilles critiques et humoristiques chaque semaine, sur une radio publique. Elle va sur les réseaux sociaux tous les jours - ça fait partie de son job. Il lui envoie un message. Puis un autre. Toujours innocemment, pour faire connaissance, parce qu’il aime bien l’écouter à la radio, enfin il ne fait pas que l’écouter, il la regarde aussi. Il la trouve belle et intelligente, il lui propose d’aller boire un verre - en tout bien tout honneur, évidemment, Monsieur est marié.


Avec Denis, sa messagerie Facebook se transforme peu à peu en fil Twitter. Il lui livre ses opinions sans filtre, il assume sa beauferie de droite et s’agace des bobo-gauchistes-bien-pensants qui lui donne envie de boire un bon Coca-Cola en mangeant un bon gros steak. Toujours avec humour - Denis a beaucoup d’humour.


Mais à la longue, le ton de Denis se transforme.


Un roman sur le harcèlement et les réseaux sociaux


Soudain, le ton bascule. Les messages se corsent, les posts publics sur Facebook se parent d’un filtre au vitriol.

Soudain, Denis n’a plus rien d’anodin.

Ses messages incessants, ses insultes proférées, auxquelles s’ajoutent les réseaux sociaux, la lie de l’humanité sans filtre et sans complexe la bouffent, la consument, la grignotent de l’intérieur.


Très vite, le virtuel s’invite dans le réel : ses collègues lui rapportent des propos du fameux Denis, croisé à des dîners, qui ne tarit plus d’acidité à son égard, son mec lui somme de passer outre, sa meilleure amie réclame un break, une pause, un blocage du compte Facebook pour retrouver un semblant de paix. La narratrice, elle, sombre lentement, abandonnée de tous, livrée au harcèlement d’une ligue en ligne sans limite.


Contemporain et intelligent


On ne pouvait pas faire plus contemporain, comme roman. Le syndrome de meute lié aux réseaux sociaux est particulièrement bien décrit et, si le roman est né bien avant le scandale de la Ligue du LOL, comment ne pas y voir un héritage ? Serait-ce le mal de notre siècle ?


Les yeux rouges est un roman saisissant, fort, qui ne laissera personne indemne. Le discours rapporté dans lequel la narratrice s’efface presque complètement permet une lente montée en puissance qui plonge le lecteur au coeur de l’oppression, qui lui fait grincer des dents à chaque nouveau message, grogner à chaque proche qui minimise ce harcèlement . Le tout dopé au vocabulaire du troll de base, à coup d’Islamo-gauchiste, de bobo-bien-pensant et de réflexions acérées sur ce que devrait être le féminisme.


Denis, à lui tout seul, concentre l’ensemble des tares des réseaux sociaux, du harcèlement au militantisme en passant par la fausse sympathie et l’incitation à la haine ou le phénomène de groupe.


C’est un roman puissant, assourdissant, un roman qui fait mal. À lire absolument.


Tu peux lire les premières pages

de ce roman époustouflant juste ici !



en collaboration avec...

P.O.L.

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