Lettre à Frédéric Beigbeder


« Le pouvoir du LOL est la seule calomnie sans appel. » Et du LOL, Frédéric, tu essaies d’en livrer à foison dans ce 🤣 qui clôt la trilogie parodique d’Octave Parango.


Si j’ai été séduite dès le début, j’ai déchanté à mesure que je tournais tes pages. Il faut dire que la scène d’ouverture, qui reprend ta dernière chronique chez France Inter, est à la limite du jubilatoire. Tu réécris l’histoire sans aucun filtre, et tout le monde en prend pour son grade - y compris toi-même. Mais très vite, tu érodes toute cette belle auto-dérision pour te fendre d’un diagnostic de l’état du rire en France. Aie.


Omniprésent, consensuel, objet d’une tyrannie du divertissement qui s’invite sur les radios d’informations pour alléger la noirceur du quotidien, à la demande sur Netflix ou en amateur sur Twitter : selon toi, l’humour est partout, codéifié à outrance, de gauche évidemment car il est toujours plus drôle de se moquer des riches et des politiciens corrompus.


S’il y a des vérités dans ta logorrhée nombriliste, tu m’as pourtant perdue : entre ta réflexion has-been sur l’humour aujourd’hui, et l’itinéraire excentrique d’un vieux mondain dépassé qui, sous couvert d’autodérision, flirte avec le pathétique. Ainsi, on atteint très vite le point « Le mouvement #MeToo a considérablement allongé le délai entre la rencontre et la pénétration », et si tu ne le dis pas tel quel, ça a quand même un vague relent de « la drague, c’était mieux avant, ouin ouin, t’as tout niqué Weinstein. »


Il y a un petit côté « nostalgie de l’âge d’or », d’ailleurs, dans ton roman. Âge d’or du cul, d’un milieu plus déluré et d’une vie insouciante, décadente et riche aussi. Un âge d’or un peu périmé finalement, une sorte d’apologie frémissante de la coke, de la liberté, du n’importe quoi. De la possibilité de se foutre en l’air et d’aimer ça, que tu appliques ensuite à l’humour. Une ode au LOL des 90’s, quand faire le pitre sur un plateau télé complètement bourré, ça faisait rire.


Quelque part, il y a l’idée, derrière ce roman, qu’il y a 20 ans, on aurait ri avec Hanouna de mettre des nouilles dans un slip, mais que ce n’est plus socialement accepté aujourd’hui. Sans le défendre lui, tu défends quelque part la liberté de ton d’hier, au détriment de tout ce que l’on en a appris aujourd’hui - et ça me rend un peu triste de te voir s’enfermer dans une caricature de toi-même, alors que tu peux être si brillant avec moins de drogue et plus de café. Parce que si toi, tu ne se sens plus libre de faire rire en disant n’importe quoi, on ne peut pas dire que les humoristes aux spectacles sans filtre ne cartonnent pas… #GaspardProust #JeremyFerrari Comme quoi, c’est peut-être pas tant qu’on n’est plus libre de rire de tout - peut-être, après tout, que ce sont tes pitreries qui ne font plus rire personne.


Tiens, ta chronique sur Foresti, par exemple. Tu te dis répugné, tu la dis écoeurante - c’est vrai qu’une nana qui l’ouvre bien fort devant un parterre de personnalités consensuelles, ça gêne souvent. Mais qu’est-ce qui te gêne vraiment ? Le fait qu’elle ose le dire, ou le fait que tout le monde soit mal à l’aise, parce qu’au fond, tout le monde sait qu’elle a raison ? Là encore, ta chronique suit ton roman de près - tu ne dis pas texto qu’il faut distinguer l’homme de l’artiste, non, tu te contentes de l’expliquer en long, en large, et en travers. Même ici, tu es à côté de la plaque.


Mais tu vois, Frédéric, l’homme et l’artiste sont le même, exactement comme ton roman et ta chronique portent la même odeur - nauséabonde. Cette dictature, que tu te targues de dénoncer, c’est surtout la tienne, celle contre laquelle les femmes, les humoristes et bien d’autres s’élèvent, celle qu’on n’a plus envie d’accepter aujourd’hui, celle des nouilles sur TPMP, celle de Rocco Siffredi à deux doigts de l’agression sexuelle chez Cauet, sous les rires du public, celle d’un Woody Allen qui voudrait publier ses mémoires, et s’offrir l’occasion de réécrire l’histoire au passage. C’est celle d’un temps dépassé, celle qui nous fait vibrer de rage qui nous fout la gerbe.


À choisir, je préfère encore quand tu ne prépares pas tes chroniques.




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