Majda en août - Samira Sedira

« Majda savait dissimuler comme personne. Le masque de neutralité minérale qu’elle affichait ne laissait jamais rien paraître du bouillonnement rageur qui parfois pouvait la tenir éveillée plusieurs nuits d’affilée. Nul ne pouvait se douter qu’une moitié d’elle se serait damnée pour obtenir une caresse, une misère, quand l’autre moitié aurait tué de sang-froid, celle qui invariablement la lui refusait. »


Ce qu’on aime avant tout chez Samira Sedira, c’est cette écriture sans fard, cette cruauté et cette violence qui transparaissent à travers des mots incroyablement doux, cette mise en échec brillante des clichés attendus.


Majda a douze ans. Née dans une cité du Sud, aînée d’une fratrie de garçons, elle manque d’amour et de tendresse. A peine enfant qu’elle est déjà femme, à aider sa mère, à jouer à la maman, à s’affairer et se défaire de son enfance.


Majda a douze ans et elle commence à avoir des courbes. Elle est belle, elle a de la poitrine, c’est une jeune femme. Elle devient objet de désir potentiel, coupable des pulsions des hommes. Majda est sage, elle est bonne élève. Ils l’appellent la Trainée. Prisonnière d’un corps qu’elle ne contrôle pas et qui séduit malgré elle, elle doit être punie, logique démente de la misogynie ordinaire. Samira Sedira dissèque les rapports de pouvoir, la violence comme arme d’assertion du pouvoir d’un sexe sur un autre, sans caricature.


On attend un père misogyne, topos du genre — on en serait presque déçu. Trop réel pour coller à l’idée fantasmatique qu’on se fait d’une cité, Majda en août nous emmène au cœur d’une famille dévastée par un père trop normal pour le microcosme dans lequel il vit, tellement normal qu’il est perçu par ses fils comme dévirilisé. Un mari qui n’impose rien à sa femme, qui n’interdit pas à sa fille de sortir, qui ne contrôle ni leur emploi du temps, ni leurs fréquentations. Un homme qui aime sans dominer, une excentricité.


La violence frappe les fils, d’abord, élevés dans une société qui les contraint à être dominants ou dominés, sans autre alternative possible. « Ils disent que papa c’est un pédé ! » Elle rejaillit sur Majda, ensuite.


Majda a 45 ans et Majda est folle. Confinée dans l’appartement familial de cette cité qu’elle a toujours connue et fuie, elle ausculte avec finesse son histoire. Dans un huis clos douloureux, elle met ses parents face à sa folie, pose des mots sur son enfance trop longtemps niée, sur le cœur du drame familial qui, peu à peu, se dévoile, dans le silence et le déni. Tous savent, personne ne dit. Comme si le taire pouvait effacer le passé.


Samira Sedira sait admirablement dire ça, cet entrelacs de règles tacites et inconscientes qui font le tissu des rapports hommes-femmes, qui les ligote et les emprisonne. Un bijou de justesse aux antipodes des clichés qui retrace le destin d’une femme brisée, à l’adolescence, au sein d’une famille maghrébine écartelée entre deux cultures, en parvenant à ne jamais tomber dans les polémiques faciles et trop médiatisées de l’intégration et des religions. (Rouergue)

en collaboration avec...

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