Marc Levy ou le symbole du snobisme culturel à la française

De Marc Levy, on a tout dit - moi la première. Que ses romans étaient mauvais, que son style était industriel, que sa bibliographique ne méritait pas l’étiquette de ”littérature française”.

À tel point, que ça en est même devenu un running gag. Un auteur pour midinettes, de la lecture de gare... comme si le lire, le revendiquer - pire, le défendre - serait passible d’une condamnation à dix ans de honte intersidérale et d’une radiation définitive du milieu littéraire.


Malgré ça, il caracole en tête des ventes depuis vingt ans. Toujours placé près des Guillaume Musso, des Anna Gavalda et des Catherine Pancol, mais toujours attifé d’une réputation au vitriol. Comme le vilain petit secret des lecteurs, le romancier des placards, le plaisir coupable des vacances, la lecture facile qu’on adore détester... Force est de constater que le grand public l’adoube. Alors, faut-il être mort ou rasoir pour glaner l’amour de la critique française ?


Marc Levy ou le symbole du snobisme culturel à la française

Marc Levy et moi...


J’ai été la première à lui cracher dessus.


J’ai dévoré ses premiers romans, ”Et si c’était vrai”, ”Sept jour pour une éternité”, et puis j’ai commencé à me lasser de ces ressorts dramatiques répétitifs, en même temps que j’entrais en prépa où les mots ”Marc Levy” étaient tabous. On y préférait Céline, dont l’antisémitisme semblait plus acceptable qu’un épilogue un peu fade.


À la même période, je me suis aussi forcée à abandonner la chick-litt et les romans feel-good. J’ai arrêté d’acheter la collection ”Red Dress Ink” donc les trentenaires se souviendront sûrement, convaincue qu’il était temps que je me mette à lire de la ”vraie littérature”, puisque toute ma promo le faisait. Comprendre celle qu’il est acceptable de lire quand on fait des études de lettres.


Condamnée à aimer Balzac tout en crevant d’ennui à la lecture de ses interminables descriptions, j’ai arrêté de lire tout court. J’ai perdu le plaisir de découvrir des univers incroyables en me faisant gaver de Diderot, de Rabelais, de Yacine Kateb ou d’Alexandre Vialatte, en bouffant de la surinterprétation de texte à gogo, en effleurant du bout des doigts des pavés de 500 pages sans être capable d’arriver au bout d’une seule.


À la place, j’ai lu Twilight. J’ai renoué avec Lolita Pille qui sortait tout juste Crépuscule ville. Je me suis autorisée quelques romans Young Adult avant même que cela ne devienne un genre, et j’ai aimé ça. En parallèle, j’avais ce sentiment d’imposture, cette impression de ne pas être à ma place dans ces cours qui faisaient l’apologie des phrases de 18 lignes et des romans du XVIIIème siècle. Sans jamais les aimer, j’ai pourtant parfaitement intégré le fait qu’ils incarnaient la ”vraie littérature”, la seule qui existait dans mon monde. Parce que les rom-com version papier, ça n’était pas de la littérature, ça. C’était trop bon, trop facile, trop contemporain pour être sanctuarisé au même rang que Baudelaire.


Oui, j’ai été cette connasse-là


J’ai mis du temps à me débarrasser de ces préjugés à la con. J’ai shamé les autres, ceux qui lisaient des bouquins que j’estimais trop peu ambitieux pour être acceptables. Parce qu’avoir 30 ans et continuer à lire du feel-good et du fantasy, c’est un peu pathétique, non ? Oui, j’ai été cette connasse-là, cette fille culturellement snob, à n’assumer que les films de Lars Von Trier et les romans primés au Goncourt alors que j’ai regardé milles fois ”Comme Cendrillon” 1, 2 et 3 et que j’oubliais volontairement 18 années de lecture passionnée pour des ouvrages que je n’assumais plus.

J’ai été exactement celle que l’on attendait que je sois. J’ai ployé sous la pression sociale de mes profs, de mes pairs, d’un microcosme littéraire qui aime se regarder le nombril et se masturber intellectuellement en s’édifiant, bien supérieurs aux autres petits gueux qui lisent du Marc Levy. Quel mépr