Pourquoi il faut lire de la romance cet été

Pendant que les éditeurs peaufinent leur rentrée littéraire, la romance occupe tous vos cabas, vos tables de chevet et vos envies cet été. Si vous êtes en rade de lecture estivale, accrochez vos ceintures, direction Rosemary Beach : Avec Forever Mine, Abbi Glines vous donne de quoi rêver. (&Moi)


Pourquoi il faut lire de la romance cet été


Alors oui, la romance, c’est un genre ultra décrié par la critique : ce n’est ni estampillé « littérature », ni un genre dont on peut se vanter avoir lu les best-sellers. Pourquoi ? Parce que l’utilisation du livre comme objet de culture vient du 19ème siècle, de ce que l’on donnait aux jeunes femmes une éducation : littérature, arts, choses du monde. Ca, c’était l’âge d’or de la culture et de la condescendance envers les sans-dents tant aimés de notre cher Président Hollande : l’âge d’or de Baudelaire, déclamé dans les salons, et de Proust sur les tables de chevet.


Aujourd’hui, la lecture reste, d’une part, une source de culture classique et contemporaine qui raconte le monde à un moment donné, mais elle est aussi devenue une source de divertissement, par le truchement de collections spéciales qui n’ont rien de nouveau. Bibiothèque rose, Harlequins, Red dress ink et, ces dernières années, littérature érotique. Propulsé par Cinquante nuances de Grey qu’on ne présente plus, l’érotisme vient moderniser la romance endimanchée et périmée des collections éditoriales poussiéreuses — coup de théâtre : les femmes lisent du pseudo-porno sur fond d’amourette, et elles aiment ça, elles le revendiquent, elles le montrent.


La littérature amoureuse doit son essor à Twilight, la mère de toutes ces fictions auto-éditées (ou pas) qui pullulent désormais, et Cinquante nuances, sa petite sœur qui a le goût de la fessée. Depuis, pas un mois ne passe sans qu’une énième romance érotique ne vienne fleurir les rayons autrement bien garnis des librairies Fnac, Cultura et compagnie. Il y a eu la saga After, il y aura, cette rentrée, Le Stagiaire, chez Calmann Levy — éditeur si reconnu que ce roman, si loin de sa ligne éditoriale, a déjà fait esclandre. La romance, c’est souvent mal écrit, culturellement pauvre, et ça ne nous donne pas grand-chose si ce n’est un peu de rêve. Par ses constructions éculées et ses clichés ravalés à outrance, c’est un genre qui séduit, surtout l’été, où l’on aime se distraire avec une lecture légère sur la plage. Mais tant qu’à lire de la romance, autant en lire de la bonne.


« L’Amour est un voyage, Rosemary Beach est la destination »


JcLattès a sorti « &moi », une collection de romances new adult lancée il y a un an et demi, qui vous met en … émois. Ok, le jeu de mots est faible, c’est l’été, soyez indulgents. Petite sœur de la célèbre « Red Dress Ink. » d’Harlequin qui a fait son temps — qui était moderne à sa sortie mais qui a peiné à se renouveler et à s’adapter à l’évolution de son public — « &Moi » entend conjuguer modernité et romance à la sauce 2010’s. Comment ? Avec des héros charismatiques, des rencontres foudroyantes et des histoires d’amour addictives. Autrement dit : tout ce qu’on aime, qu’on se l’avoue ou non.


La romance a de très beaux jours devant elle, dans un contexte où son public la lit de manière de plus en plus décomplexée ; et les séries n’ont jamais aussi bien fonctionné que depuis les beaux jours de Netflix — les maisons d’édition l’ont bien compris, JCLattès en tête. L’innovation est la suivante : pour la première fois dans l’édition française, la série télévisée et son lot de clichés vecteurs d’une audience folle s’adaptent sur papier. &Moi met en scène de véritables séries — pas dans le sens saga qui existe déjà depuis longtemps, aka un roman en 94 tomes, technique préférée des départements marketing pour vendre davantage et faire grossir une communauté. Non, les séries, ici, c’est « Les Frères Scott » version papier, qui sortent — cerise sur le gâteau — à un mois d’intervalle. Il en existe quatre, pour l’instant :


Le club, première série de la collection qui marche encore un peu trop dans les pas de ses consoeurs : on n’est pas loin du roman en tomes, mais &Moi s’en distancie par l’indépendance des histoires qui restent cohérentes sans s’emboîter comme un Twilight ou un Cinquante Nuances. Autrement dit, on est plus proche d’une série cinématographique comme Sexe Intentions 1, 2 et 3 que des « Previously, on Grey’s Anatomy ».

Virgin, série hautement décrié puisqu’on touche à la perte programmée de la virginité comme si c’était une hépatite C. D’abord Virgin, puis Bitch, l’enchaînement malheureux des deux titres n’a rien fait pour racheter l’image de cette série qui a peiné à convaincre, principalement par un manque patent de modernité sur la question centrale du sexe. La virginité est-elle, aujourd’hui encore, « une situation » ? Non. Est-ce que perdre sa virginité pour enchaîner les plans cul fait encore rêver en 2016 ? Non plus, liberté sexuelle et amour propre obligent : aujourd’hui, être capable de vivre une belle histoire d’amour qui dure est bien plus badass que d’enchaîner les golden boy avec plus de muscles que de neurones. Désolée les gars.

Stage Dive, le début de quelque chose de prometteur : quatre membres d’un groupe de rock, quatre histoires d’amour. Ce qui marche bien ici, au-delà du love en barre et de la part magistrale de rêve que Kylie Scott vous offre en plantant ces amours contrariées sur un décor de star-système ultra glamourisé, c’est ce fonctionnement innovant de série : un livre, une histoire d’amour. Dans chaque roman, les personnages principaux rencontrés précédemment deviennent des secondaires face à de nouveaux personnages centraux qu’on rencontre à peine. A la fois novateur et familier : jackpot.

Rosemary Beach, c’est le point d’orgue de cette collection qui, on le sent bien, a été façonnée au fil de ses publications.


Forever Mine, le dernier couple d’ Abbi Glines


Bienvenue à Rosemary Beach, où se rencontrent Woods et Della, puis Grant et Harlow, des personnages qu’a priori tout opposait mais que le destin réunit dans cette petite ville côtière huppée de Floride. Abbi Glines nous livre de belles rencontres entre des héros confrontés à des passés troubles et des situations difficiles. Ca vous rappelle quelque chose ? Comme, par exemple une célèbre série au titre assez proche diffusé sur la FOX. Un décor californien près d’Orange County, avec un beau mais défavorisé Ryan Atwood qui s’éprend de la richissime Marissa Cooper, aka Misha Barton ? Ding ding ding : Rosemary Beach est un quasi copié-collé de Newport Beach — drames, amour et trahisons dans les Hamptons floridiens. Tout le monde y est beau et riche, les histoires d’amour y sont tumultueuses et addictives.


Avec Forever Mine, Abbi Glines vous présente Tripp Newark, héritier golden boy mais pas que, et Bethy, serveuse au country club ultra huppé de la côte. L’Amour fou, le temps d’un été. Lui se débarrasse de sa potiche qui compte plus de cartes bancaires que de neurones, et elle sort des clous et de son modeste milieu. L’histoire reste secrète et s’évapore à la rentrée, quand il s’enfuit à Yale sous la pression de son père — la laissant seule et éplorée. Il revient huit ans plus tard, toujours aussi amoureux. Et BAM, ça fait des chocapics.


Ce qu’on apprécie ici, c’est qu’Abbi Glines ne tombe pas dans les milliers de clichés du genre. Bien sûr, le décor ne fait pas dans l’original : l’héritier qui défie les codes sociaux en tombant amoureux de la serveuse, mineure qui plus est. Le syndrome Cendrillon séduit tout de même par la patte moins préfabriquée de Glines. Le roman est léger, facile à dévorer, addictif dans ses rebondissements. Abbi Glines joue sur les ambiguités, multiplie les tensions, qu’elle entrecoupe de moments passés. Le style est vibrant, la lovestory, efficace. On tourne les pages comme on enchaîne les épisodes de Gossip Girl : curieuse d’en lire plus, de voir les intrigues se développer, d’assister au dénouement — tout ce qu’on attend d’une bonne romance, en somme.


La Romance-Liste de l’été : le règne du feel-good


Si vous êtes en mal de romance et/ou de lectures ultra légères et hilarantes, vous pouvez aussi vous reporter sur ces cinq romans feel-good.

N’oubliez pas de tomber amoureuse à Paris, Mademoiselle Peppergreen : Diplôme de journalisme presque inutile en poche, Gemma Singer débarque dans la capitale de la mode et plonge dans les affres des coulisses de la télévision.

Joyeux suicide et bonne année, Sophie de Villenoisy : Sophie de Villenoisy égratigne avec un humour désarmant l’amour propre de sa narratrice, une femme de 45 ans paumée et déprimée dont les frasques hilarantes décomplexent à coup sûr.

Jeu Set Match, Battista Tarantini : La plume agile de Battista Tarantini flatte la New Romance dans un style aisé et bien rythmé, et nous embarque dans les coulisses des tournois de Tennis.

Les Femmes formidables, Alex Riva : Alex Riva revient avec Quand l’imprévu s’en mêle, second tome des Femmes Formidables, une bande de copines de tous âges, à la fois réaliste et joyeux, débridé, plaisant — un Sex & the City plus terre à terre qui fait du bien.

(Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire, Stéphanie Pèlerin : Quand Ivana se fait larguer comme une vieille chaussette par Baptiste, après huit ans d’amour, il ne lui reste plus que ses kilos et ses rides à compter. Pas facile de se retrouver sur le marché des célibataires à la trentaine, quand, pour couronner le tout, on manque de confiance en soi. Tentant d’ignorer son chagrin, elle décide de reprendre sa vie (et son corps) en main et s’inscrit sur « Be my boy », célèbre site de rencontres. Si l’offre est alléchante, les produits sont souvent de second choix, voire des retours de marchandise… Heureusement, il reste les amies et le bon vin.

en collaboration avec...

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