Serial Killeuse - C.J. Skuse

« Combien d’hommes faut-il pour refaire les murs d’une salle de bain ? Un seul. À condition de le couper en tranches suuuuuuper fines. » Quand Bridget Jones rencontre Patrick Bateman, ça donne Serial Killeuse : un roman noir mais feel-good, gore mais girly, épouvantable mais jubilatoire.


Le roman qui dynamite la littérature feel-good


"Ma carrière dans le journalisme se résume à la préparation de café et à la rédaction de petits articles ineptes, mon roman a été refusé par tout ce que ce pays compte d'agents et d'éditeurs, mon petit-ami a une liaison avec u sac à foutre du nom de Lana, j'ai envie de tuer quelqu'un toutes les 25 minutes, je déteste toutes mes amies et je viens de passer pour une grosse conne en direct sur une chaîne de télé nationale. Mais ouais, ça pourrait pas aller mieux, meuf."


On connaissait le journal intime de Bridget Jones : drôle, décomplexé, sans filtre. Serial Killeuse nous plonge d'emblée dans le même univers avec Rhiannon, jeune femme fort sympathique mais aussi chelou que son prénom. Rhiannon est la seule survivante d'un massacre, elle s'est pris une hache dans le ciboulot lorsqu'elle était enfant, elle travaille dans le journal local où elle est sous-exploitée. Rhiannon aime Craig, plus par confort qu'autre chose, et complote une petite vengeance des familles pendant que Monsieur la sermonne de ses envies d'enfant tout en forniquant avec Lana, sa collègue plutôt bobonne mais surtout coconne. Rhiannon vénère son petit chien, déteste ses BFF, et a un petit penchant pour le meurtre. Vraiment tout petit.


Dans un univers loufoque mêlant pulsions meurtrières sanglantes et craquages shopping, C.J. Skuse nous embarque dans un polar d'un nouveau genre, à la croisée de la chick litt, du feel-good et du gore. Dans la lignée de Scream Queens, le roman hybride dépoussière les héroïnes féminines que l'on nous sert habituellement, toutes plus paumées les unes que les autres mais toujours incroyablement parfaites et populaires auprès des autres. Le syndrome Bella de Twilight, C.J. Skuse le prend, le roule en boule et se torche délicieusement avec. Et franchement ? Ça fait un bien fou !


Au menu : murder list et sujets très sérieux


« J’aime bien jouer à la demoiselle en détresse, de temps en temps. J’aime bien jouer à la victime. C’est tellement facile quand on a un couteau de cuisine de 20 cm dans la poche de son manteau. »

Derrière un parti pris clairement humoristique et des punchlines à foison, Serial Killeuse cache des dessous un peu plus sérieux, parfois même anxiogènes. De la pédophilie à la banalisation des agressions sexuelles envers les femmes, le roman est un excellent écran dans la société post-Weinstein et a le mérite de proposer une héroïne qui se bat contre les préjugés sexistes de sa petite ville. Rhiannon découpe le sexe de son agresseur, traque Dereck-le-pédophile et part à la chasse du duo de violeurs qui terrorise la ville, mais s'insurge aussi contre ces couples qui postent des photos d'eux sur Facebook à la Saint Valentin et son insupportable voisine qui pique ses objets fétiches lorsqu'elle vient garder le chien.


Le mélange des genres, toujours présent, permet à l'auteur d'aborder des sujets sérieux sous le prisme du cocasse, sans jamais perdre l'énergie feel-good qui l'anime ni tomber dans le pathos qui caractérise habituellement le genre. Politiquement incorrecte, Rhiannon dit tout haut ce que l’on pense tout bas, et fait dans l'ombre ce dont tout le monde rêve. Un espèce de personnage parfait pour exploiter les pulsions meurtrières du "Ça" tel que Freud l'a théorisé, pour vivre par procuration ce que l'on ne pourrait jamais faire en réalité : facteur d'identification maximal et rigolade garantie.


Seule ombre au tableau de ce journal intime au vitriol, pourtant tellement réussi : l'enfance de Rhiannon. Car si l’on prétend que la Serial Killeuse tient son héritage de Patrick Bateman, héros timbré du célèbre American Psycho, l’auteur se sent néanmoins obligée, sinon de justifier, du moins d'expliquer son besoin de meurtres par un terrible drame vécu dans son enfance. Un levier un peu décevant qui rappelle que, dans la littérature comme dans la société, les hommes ont des passe-droits que les femmes ne peuvent s'offrir : Patrick Bateman n’a pas besoin de péché originel pour justifier sa psychopathie. Rhiannon, elle, doit montrer à son lecteur pourquoi elle est si antipathique pour mieux s'absoudre de ce qu'elle est. Dommage.


Tu peux feuilleter les premières pages de Serial Killeuse juste ici !



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