Sex and the series, Iris Brey

« Leurs séries avaient devancé la réalité, elles l’avaient même rendue caduque en proposant des héroïnes qui réinventent une politique du désir. Les héroïnes n’arborent plus un petit cœur fragile qui attend le prince charmant, comme Carrie à l’époque de Sex and the City, mais des clitoris qui battent la chamade en découvrant un désir qui sort des conventionnels schémas d’amours hétérosexuels. »




Sex and the series : le petit écran après #MeToo


BAM. Rien que ça. Sex and the series, c’est un essai dont je vous ai déjà parlé une ou deux fois. Un essai bien ficelé qui autopsie toutes les séries qu’on a tous regardé et qu’on regarde encore, de Buffy à Game ou Thrones en passant par Urgences, Jessica Jones, Mad men ou Fleabag.


Iris Brey y étudie la façon dont le petit écran international représente le sexe et, à travers lui, ses personnages féminins.

Ce qu’on remarque, c’est que les États-Unis, ostensiblement puritains, sont plus ouverts que les occidentaux pour réfléchir au sexe et aux genres. Le prologue pose les choses en la matière en revenant sur #MeToo et la révolution Hollywoodienne qui a suivi, mais également sur le faible impact de #BalanceTonPorc sur l’industrie. Contrairement à l’autre rive l’Atlantique, beaucoup de bruit mais peu de changement.


« Plus récemment, la réception du mouvement #MeToo et du hashtag #balancetonporc a démontré le clivage entre la France qui se gargarise de son droit d’importuner dans une triste tribune et les États Unis qui commencent à examiner en profondeur les mécanismes de pouvoir dans les rapports de séduction et sexuels. Le New York Times a par ailleurs pointé du doigt le fait que la France reste silencieuse quand l’un de ses réalisateurs - Luc Besson - est accusé de viol. La culture française entretient le fantasme d’une séduction qui se situerait à l’opposé du puritanisme américain. Cependant, la culture américaine est bien plus ouverte aux féminismes et à une réflexion poussée sur le genre alors qu’en France, on s’obstine à s’opposer à une prétendue « théorie du genre » qui est une ineptie. »


Une autopsie de la représentation de la femme dans la pop culture


A propos de la série Masters of Sex, Iris Brey explique ceci.

« Mais l’accès au savoir reste genré. L’homme détient le savoir médical, il lit le graphique, et la femme apporte seulement des données non scientifiques, une capacité à lire son propre corps à travers un ressenti. Le savoir de l’homme se trouve du côté de la science, d’ailleurs Bill Masters cite fièrement le Kamasutra. Alors que le savoir de la femme se place du côté de l’expérience. Virginia n’a pas fini ses études tandis que Bill est médecin. Et même s’il ne comprend rien aux femmes, il est sensé être l’expert. En outre, Bill n’écoute pas vraiment d’explication de Virginia analysant son absence d’orgasme, il soutient qu’il faudrait interroger plus de sujets avant d’avancer cette conclusion. Autant d’éléments qui démontrent combien le savoir est associé au pouvoir. »


Tout y passe : les rôles associés aux femmes et l’étendue (ou non) de leur force romanesque, le tabou des mots ”clitoris” et ”vagin”, comme si c’était des armes de destruction massives, la représentation trop souvent passée sous silence du consentement, face à la nouvelle vague de séries comme Girls ou 13 reasons why qui l’exposent en gros plan. Il y en a pour tous les goûts : préliminaires et masturbation, cunnilingus, orgasme ou ménopause, bisexualité et queer, et surtout, Iris Brey analyse très finement les séries que l’on a adoptées et leur façon de parler de viol, d’inceste ou de violences racisées.


C’est quoi, le problème de la presse cinéma en France ?


Cet essai, c’est une pépite. C’est le genre d’article fouillé et intelligent que j’aurais aimé lire dans la presse française, plutôt que de me farcir des critiques acerbes sur ”Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?”. Pourquoi, en France, le 7eme n’est-il analysé que pour son art et rarement pour sa sociologie ou sa façon de recréer un microcosme de la société dans laquelle on vit, et donc d’y représenter des courants puissants et iconoclastes ?


Je voudrais une presse capable de reconnaître le fort impact sociétal des séries qui nous accompagnent au quotidien, qui nous marquent et s’ancrent en nous du matin au soir, et même des nuits durant.


C’est ce que fait Sex and the series. C’est un regard croisé hyper pertinent sur la façon dont la société consomme des séries, mais aussi sur celle dont les séries fabriquent ou réinventent la société en mettant en lumière des questions jusqu’ici trop ignorées.

C’est une analyse dans l’ère du temps, qui montre à coups d’exemple bien choisis qu’un bout du chemin a déjà été parcouru mais que la route reste longue, très longue vers un monde plus égalitaire.


Parfois édifiant, souvent consternant, je ne peux que vous conseiller cette lecture marquante qui met les points sur les ”i” sans charge et sans violence, mais avec l’intelligence analytique d’un corpus bien réel qui en dit bien plus long sur nous que ce que l’on ose dire nous-mêmes.


Tu peux retrouver les premières pages

de cet essai juste ici !


en collaboration avec...

P.O.L.

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