Supernova - Emma Daumas

« Du chaos naissent les étoiles » dit l’adage mais il faudrait ajouter qu’un jour, ces étoiles mourront dans un chaos, qui formera à son tour de nouvelles étoiles et ainsi à l’infini, la lumière se régénère depuis la nuit des temps. Éternelles éclaireuses, on en fait des contes et des légendes, on se raconte les étoiles avec autant de ferveur qu’elles semblent inaccessibles et à tant les désirer, on se fabrique des vaisseaux pour se faire astronaute, en espérant finir par les atteindre, par se confondre avec elles.

Pourtant, les astres qui nous inspirent sont parfois éteints depuis bien longtemps et leur éclat persiste seulement grâce à la distance qui nous sépare. Car si les étoiles naissent, elles meurent aussi. Entre deux crépuscules, elles vivent en attisant ce feu qui les rend si flamboyantes, qu’il les consume. » (Scrinéo)



De Starcatcher à Star Academy


Supernova, c’est l’histoire d’Annabelle, seize ans, une jolie petite chanteuse de province et de son avatar, Bella, créature née de sa participation à « Starcatcher », télé-crochet en vogue servant de fusée médiatique aux adolescents en quête de poussière d’étoiles. Pas de suspense factice dans ce récit où l’extinction violente d’une gloire est programmée à sa naissance. Il est question ici de l’initiation d’une jeune fille à la vie des grands, sous sa forme la plus cynique et exaltante qui soit. Une formation accélérée qui entraîne inexorablement la mort des illusions. Dans un monde de spectacle et d’exhibition, où l’on confond amour et séduction, narcissisme et respect de soi, comment Annabelle réussira-t-elle à retrouver le chemin vers la vraie lumière, sa lumière intérieure ?


« Supernova : l’explosion spectaculaire des étoiles qui, vidées de leur substance, s’effondrent sur elles-mêmes ». 2002, TF1, Star Académie — des gamins enfermés dans un château pour apprendre à chanter et danser, coupés de l’extérieur, filmés vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Les balbutiements de la télé-réalité. La tête blonde et capricieuse d’Emma Daumas squatte les écrans jusqu’à la demi-finale qu’elle perd face à la sulfureuse mais discrète brune, Nolwenn Leroy, mais l’essentiel est lancé : un contrat avec Universal, un album qui marche plutôt bien, et la suite logique — une longue, longue, loooongue traversée du désert. Une tournée et puis s’en va. Mort médiatique programmée.


Un roman raté


Supernova, c’est un peu ça, à une ou deux exceptions près. Emma Daumas dit avoir écrit autre chose. « Raconter ma vie ne m’intéressait pas », promet-elle sur le plateau de France 2. Et pourtant, les similitudes sont troublantes, et les différences semblent être « l’idéal ». Un personnage plus jeune, repéré sur une petite scène de province, propulsée en haut du star-système. Emma Daumas lui offre une popularité immédiate dont elle n’a elle-même jamais vraiment joui, et la victoire en sus. Une tournée spectaculaire, des salles incroyables, un public obsédé qui scande son nom. Ultime fantasme de la star paillettes d’un été, Supernova se veut pousser l’obscénité dans ses retranchements : l’extrême comme outil de dénonciation. Pourquoi cette célébrité fugace et cette télé-réalité fascinent-t-elles ? En interview, elle pose beaucoup de question : dommage, alors, que ce roman n’offre pas l’ombre d’une réponse, d’une critique ou d’un avis.


Roman littéral aplatit sous l’expérience qui occupe tout l’espace, Supernova, c’est avant tout un aperçu du cerveau frelaté d’une ado en quête de célébrité. Vide et bébête, le roman parvient à éluder tout ce qui pourrait être intéressant — mais difficile à écrire. L’enfermement au château, le tourbillon médiatique de l’après. A la place, Emma Daumas nous sert une soupe mignonnette au goût de maman trop dévouée, d’ex suicidaire et d’une bébé star à peine née qu’elle est presque périmée ultra capricieuse. Et puis il y a l’amour — le portrait au vitriol d’un Benjamin Biolay providentiel, artiste émouvant, snob et lunatique qui la victimise un peu plus encore, avant de la larguer pour la gagnante de la Star Académie 3. Victime de la télé, du Star Système, des médias et de son ex, Emma Daumas, détruite, aura au moins réussi, par le truchement d’une relation lassante à lire, à révéler le secret de polichinelle de ce star-système : une vedette de télé-réalité en chasse l’autre, sur les écrans ou dans les draps d’un homme.


Alors, pourquoi le lire ? Pour la curiosité d’un inside inédit sur la Star Académie, cette télé qui a rythmé nos vies, notre adolescence, qui nous a construit dans les débuts de cette quête perpétuelle de la célébrité, bien avant Nabilla et l’ère du buzz. On lit Supernova parce qu’on cherche les détails scabreux d’une descente aux enfers. On ne nous le sert pas — il faudra lire entre les lignes pour y déceler les hommes et les promesses qui élèvent, et qui étrillent.

en collaboration avec...

P.O.L.

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