Tous les hommes désirent naturellement savoir - Nina Bouraoui

"J’avais dix-huit ans. J’étais une flèche lancée vers sa cible, que nul ne pouvait faire dévier de sa trajectoire. [...] Deux cœurs battaient alors, le mien et celui des années quatre-vingt. Je cherchais l’amour. J’y ai appris la violence et la soumission."



La violence des silences


264 pages. Des mots habiles et poétiques, qui comptent dire les heurts et les douleurs d'une jeune homosexuelle construisant son identité face à la poigne de deux sociétés patriarcales bourrées d'injonctions. Et pourtant, c'est dans l'absence que la violence se manifeste le mieux - dans les silences, dans les ellipses, dans les morceaux choisis que Nina Bouraoui livre, comme une confession douloureuse, dans ce roman beau, triste, émouvant.


Elle y raconte, avec déférence et retenue, la construction de sa vie d'adulte, depuis son enfance jusqu'à la naissance de la femme qu'elle est devenue. Par fragments, elle se souvient, elle devient. De sa mère rentrée un soir à la maison, sa robe déchirée, maculée. Des suppositions qui ont suivies. De la violence sexuelle dans les rues d'Alger, face à la violence des drogues et de la communauté lesbienne à Paris. Comme un manuel torturé, elle revient sur les éléments qui l'ont fondée, sur ses doutes, ses peurs et ses faiblesses. Car la violence, avant de venir des autres, viendra d'elle-même, du carcan dans lequel elle s'enferme d'office, de celle qu'elle croît devoir être sans y parvenir.


"J'écris pour me faire pardonner mon homosexualité et pour me faire aimer."

Alger - Paris, 1981 : naissance d'un désir à contre-courant


Tous les hommes désirent naturellement savoir, c'est un roman photographique. C'est un puzzle de fragments qui reconstituent l'Algérie des années 70, et la France des années 80. A travers des souvenirs de son enfance et de son adolescence, Nina Bouraoui dresse un portrait subjectif mais pas moins bouleversant d'une temporalité passée. Celle d'une violence banalisée envers les femmes, celle de l'omniprésence d'une norme, celle du SIDA, celle où il vaut mieux ne rien dire, ne rien demander, apprendre seule.


"Je me demande si le SIDA s'attrape entre filles, s'il passe par les mains, par la salive ou s'il meurt vite au contact de l'air. Personne n'évoque cette possibilité, par crainte, par ignorance, par gêne, je la garde à l'esprit comme une menace, un fantasme, une raison supplémentaire de m'inquiéter."

C'est aussi une immersion totale dans les communautés homosexuelles. Ses lieux cultes, ses personnages, ses attitudes. Son "Milieu". Et, finalement, sa façon iconoclaste de s'inscrire dans les mêmes codes amoureux - dans la douleur, dans le mensonge, dans le désir et le dépit.


"Dans le Milieu des filles, j'apprends le mensonge. Je ne sais pas si c'est lié à la nuit, ou à l'homosexualité, comme si le mensonge était une extension de notre nature à force de nous cacher, de dissimuler, pour nous protéger des autres. La parole se déforme comme un vêtement trop porté, un objet trop utilisé. Chacun ment et je mens à mon tour, sur mon emploi du temps, sur mes pensées, sur mes sentiments."


Un roman coup de poing sur les premiers désirs homosexuels, sur les premiers émois à contre-courant d'une société figée de jugements, que Nina Bouraoui érigé avec la grâce, la subtilité et l'habileté qui caractérisent ses romans.


Tu peux découvrir les premières pages du roman juste ici !


en collaboration avec...

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