Trancher, Amélie Cordonnier

Il y a des romans dont la violence ordinaire, soudaine et bouleversante, marque profondément leurs lecteurs. Trancher est l'un d'entre eux. Insupportable, nécessaire et incontournable.



"Pourquoi tu restes ?"


Elle a presque quarante ans, deux enfants et un mari aimant qui se contrôle la plupart du temps - qui se contrôle depuis qu'elle a menacé de le quitter il y a sept ans. Jusqu'à ce qu'il ne contrôle plus rien. Ça revient comme une claque assourdissante - un uppercut, comme l'écrit Amélie Cordonnier. Un matin, dans la cuisine, ou peut-être un après-midi, une scène familiale banale où les enfants crient et où elle râle gentiment. La violence s'insère là, brutalement, dans ce décor du quotidien. "Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasses, si tu ne veux pas que je la réduise en miettes."

Lui, c'est Aurélien. Il a la colère facile et des mots qui claquent durs comme des poings sur un visage délicat. Il ne la frappe pas, non, il l'humilie. il l'insulte, la blesse, la rapetisse. Il la domine, il la digère - puis il s'excuse. Parce que ça sort malgré lui, parce qu'il ne voulait pas, parce qu'il va faire des efforts. Il l'aime, vous savez. Ils peuvent surmonter ça.

C'est quand les mots sortent pour les enfants que ça fait tilt. Quand c'est Romane et Vadim qui entendent les insultes dirigées contre elle alors qu'elle est absente, qui se bouchent les oreilles de petits pois pour ne pas entendre, elle se fait une promesse. Avant de fêter ses quarante ans, elle aura tranché : le garder ou le quitter. Rester ou partir.

L'amour et la violence


Trancher, c'est un roman bouleversant. Un de ceux qui frappent fort avec la délicatesse d'une histoire tragique contée sans pathos face à la dureté des mots de ses personnages. Pas de jugement, pas de parti pris : juste un récit chirurgical qui fait l'économie du sentiment mais qui réveille des flots de larmes. Et c'est bien là toute sa force : en s'affranchissant d'un narrateur "je" et en faisant le choix d'un narrateur "tu", Amélie Cordonnier redouble de puissance par l'adresse directe à son personnage, comme à son lecteur.

Elle réussit à instiller ça et là des instants d'une violence inouïe qui montent crescendo, qui phagocytent progressivement le quotidien. L'équilibre se renverse peu à peu jusqu'à l'apothéose, une scène d'humiliation terrible qui fait basculer ses personnages... sans retour possible ? La scène finale, grandiose et tragique, brille par la force de sa tristesse mais raisonne comme une évidence.

Ce roman, si dur, presque cruel, terriblement efficace, ausculte sans jugement la relation entre une victime et son bourreau, et a le talent de s'affranchir des clichés en la matière. Pas de "pourquoi tu restes ?", pas de besoin de comprendre : juste un personnage au bord du gouffre qui hésite à sauter, qui peine à trouver la force de ne pas pardonner. Un must read absolu.

Tu peux découvrir les premières pages du roman juste ici !


en collaboration avec...

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