Un an de cadavres exquis : Les aventures de Donovan S

Un cadavre exquis par semaine pendant un an peuvent-ils créer une nouvelle ? Apparemment oui.


« C’est toi, maman, sur la photo ? »


« Oui ma chérie. J’aurais adoré être ethnologue mais, à l’époque, le bonheur commençait tout juste. J’étais le genre de fille à dévorer le ciel : célibataire, heureuse, et prête à tout. Lui, c’était Donovan S, on l’appelait Honoré. Si je me souviens bien, dans le lit de mon ami, c’était les chaises musicales : c’était sa définition de « l’amour entre adultes ». Honoré et moi, c’était un coup d’un soir, une dernière déclaration d’amour avant de vivre la vraie vie. Je vais te raconter son histoire. Tu verras, l’amour rend fou, mais la base du pouvoir avec les garçons, c’est de leur faire la liste de tes envies. »


"Les aventures de Donovan S commencent par un aller simple pour un château à Ipanema : la maison de vacances, la chaleur… la vie était bonne. Avoue que tu en mourrais d’envie toi aussi !

Ce qu’il voulait, c’était une année de repos et de relaxation loin du monde : sa deuxième vie avait commencé quand il s’était rendu compte qu’il n’en avait qu’une. Et je ne t’ai encore rien dit : toutes ses histoires d’amour te montreront à quel point sa vie est mieux que la nôtre.

Sur le tapis rouge, le sosie d’Adolf Hitler s’était transformé en Gatsby le magnifique. Rien à voir avec l’amour : juste une question de standing. Dans l’autre chambre, des types étaient en pleine rupture avec Klara & Charlotte, deux soeurs un peu rebelles (les soeurs Livanos)."

"Et, soudain, une apparition.

Elle dansait au bord de l’abîme comme un oiseau captif. Ce fut instantanément sa préférée. « AM, STRAM, GRAM, ce sera toi qui me plaira », pensa-t-il. « Mais pour un soir seulement ! Rien à voir avec l’amour. »

Elle, c’était une femme qui ne vieillissait pas : belle fille, bon genre, du genre facile, pleine de joie et de docilité. La liste de ses envies, comme elle l’imaginait, c’était une délicatesse. Pour elle, l’amour était une île. Pour une nuit de noces ou pour un soir seulement, elle n’était pas celle que l’on croyait. Elle rêvait simplement de garçons. Mais il avait des idées pour détruire son ego, ce sale gosse. Et très vite, Ciao Bella !"


"Et puis il rencontra Elsa. Ce fût une rencontre sous X. En bonne compagnie, les jambes emmêlées bien avant la nuit de noces, les enfants terribles se dirent qu’ils avaient de la chance de vivre aujourd’hui. 


Dès le premier soir, il lui déclama : « Elsa mon amour, qui ne se plante pas ne pousse jamais ! Je voulais te dire : I love you ! Vivre ensemble, ma chérie, ce serait la cerise sur la gâteau. Vivre ensemble par amour, l’étincelle à même la peau… Tu es mon dernier amour, nous aurons des lits pleins d’odeurs légères. »


Mais devant cet élan d’adoration et ces envies de mariage, la belle fuit le fairy tale. Donovan, désespéré, se lamenta des mois durant.


« Elsa, mon amour, dis quand reviendras-tu ? Voilà cent millions d’années et un jour que j’ai l’impression d’écrire le journal de notre amour perdu ».


Ce journal de ses amours perdus s’appelait, c’était un abcdaire de jolis jolis monstres... mais mêmes les monstres ont besoin d’un peu de sérotonine. « Je suis un voyou, et je l’aime, cette belle infidèle ! », s’exclamait-il dans le vide. « Elle était ma dévotion, mon étincelle. Depuis, mon cœur a un battement de retard. Toutes ces choses qu’on n’a jamais faites, toutes ces histoires d’amour qu’on n’a jamais vécues... Dis, quand reviendras-tu ma chérie ? Un seul être vous manque… On ne meurt pas d’amour ? Bien sûr que si. L’amour est soumis à un algorithme : l’algorithme du cœur. »


Mais comme la parisienne Sainte Rita a dit : « Qui ne se plante pas ne pousse jamais ! »

Un beau jour, variation du coeur - échappée douce, l’instant d’une vie : il rencontra Charlotte. C’était une fille sans histoire, elle avait l’étincelle. Et dans ces bras-là, la vie était brève et le désir sans fin.  Il l’aima instantanément. « Nous étions nés pour être heureux », lui lança-t-il en la dévorant ses yeux. « Si je t’oublie, pose tes yeux sur moi et rappelle moi que nous étions faits pour être heureux. » 


"Mais hélas, Donovan n’eut guère plus de chance. Charlotte le quitta pour Arthur Miller. Si je me souviens bien, c’était un type comme nous, style amours solitaires et guerres intérieures. Il lui avoua mourir d’amour pour elle depuis des années, mais avoir préféré se taire. Ah, terrible vertu… Elle fut conquise en un claquement de doigts. Pourtant, rien n’était noir ou blanc : il avait quelques cadavres dans son placard. Les sœurs Milord enquêtèrent sur les tribulations d’Arthur Miller. Elles parlèrent avec la menteuse de la ville, sillonnèrent l’Europe de Paris à Venise, étudièrent son année de repos et de détente au 12 rue des martyrs, Paris XII, escalier B, sans grand résultat.


Pendant ce temps, ce fût la descente aux enfers pour Donovan. Lors d’une nuit grave, il fut tiraillé dans une guerre sur le campus d’Harvard entre les amants d’une Marie et ceux d’une autre fille, Sylvie. Il s’enticha d’une grosse factrice, joua les outsiders avec la maîtresse de Carlos Gardel, organisa des diners à la « apocalypse bébé ».


Dieu du carnage et famille psychotique : tout était convoqué pour und anatomie du scandale."


"Il ne connut pas de fin heureuse : le dernier amour de ce pauvre Baba Dounia lui donnait l’illusion délirante d’être aimé. Comment ne pas faire pitié à Noel quand on est célibataire commença à l’obséder mais il ne trouva jamais de solution satisfaisante, passant d’une femme à l’autre sans jamais se ranger et se coupant progressivement de ses proches. Finalement, il mit fin à ses jours un 14 février."

en collaboration avec...

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