Une fille facile - Louise O'Neill

Le titre du roman en dit déjà beaucoup : Une fille facile est un roman qui fait mal à lire, qui est frustrant, triste et dur, mais oh combien nécessaire.


"Asking for it"


Si le titre français laisse presque planer un certain doute, l'original est on ne peut plus clair. Une fille facile, c'est l'histoire d'Emma. Elle a 18 ans et elle est belle, très belle, si belle que tout le monde ne voit que ça en elle, de sa mère qui la surprotège jusqu'à l'étouffer, à ses amies qui se comparent sans cesse à elle. Et puis il y a les autres - les garçons. Ceux dont Emma cherche sans arrêt l'attention. Emma est belle, elle le sait, elle en joue. Elle flirte sans cesse, utilise ses charmes pour obtenir tout ce qu'elle veut. C'est de cette manière qu'elle pallie le manque d'amour de sa mère, qui idolâtre son frère et ne la voit, elle, que comme une déception - une jolie déception. Emma est belle, populaire, un peu peste sur les bords. Elle a encore l'innocence d'une jeune femme qui expérimente sa sexualité, qui sort le samedi soir, qui boit, qui fume, qui prend un peu tout ce qu'on lui propose.


Et puis un samedi soir, pour noyer son chagrin de petite fille malheureuse et pour oublier ses amours qu'elle contrarie toute seule, Emma boit, Emma demande quelques pilules à Paul. Il a presque dix ans de plus que les autres, une copine et pas vraiment de scrupules, mais elle s'en fout. Il n'a d'yeux que pour elle, et elle renait sous chaque minute d'attention qu'elle lui grappille. Elle le veut. Jusqu'à ce qu'elle ne le veuille plus vraiment. Jusqu'à ce qu'elle tombe dans les vapes, inconsciente, et se réveille le lendemain, nauséeuse, le visage cramé, jetée devant son porche comme une poubelle qui attend les éboueurs. Jusqu'à ce qu'elle découvre la page Facebook "Emma la salope" où Paul et ses amis ont posté le viol collectif du week-end.


"- Et ensuite, elle a entraîné Paul dans la chambre de ses parents. [...]

- Ouais. (Caroline semble toujours hésiter) Mais si elle s'était évanouie ?

La première fille perd patience.

- Enfin, Caro... Personne de l'a obligée à se saouler ni à prendre des prods. Et quel type allait dire non si on lui servait l'occase sur un plateau ? ricana-t-elle. Elle l'a bien cherché, putain."


"Ce sont de bons garçons, cette histoire a juste dérapé."


Louise O'Neill désosse, avec méthode et acharnement, les ressorts nauséeux d'une culture du viol au sein de Ballinatoom, petite ville où tout le monde connaît tout le monde, où tout le monde juge tout le monde. Slutshaming, culture du sport, victime blâmée, ostracisée, viol en bande organisée, harcèlement... Une fille facile, c'est un roman difficile à lire, un roman acide qui dégringole jusqu'à la fin. C'est un roman qui s'enfonce, qui fait mal, qui annihile.


À commencer par Emma, la victime, dont le premier réflexe est de vouloir garder tout cela pour elle, ne surtout pas prévenir ses parents - la honte - ne surtout pas prévenir la police - "leur vie sera gâchée, c'est de ma faute". Les réactions sont immédiates : son consentement, elle l'a donné, impossible qu'elle l'ait repris. Même inconsciente, c'est de sa faute à elle. Les garçons ? Ils sont beaux, aimés, populaires. "Gentils". Pas de leur faute. Les amies parties trop tôt, les parents qui préfèreraient qu'elle retire sa plainte pour en finir avec ce déferlement de haine, pour se défaire de l'étiquette "fait divers", les premières paroles du frère, "Tu me fais honte"... C'est un roman d'une violence inouïe.


"On dirait que Rape Me de Nirvana est la chanson de la soirée."
"Certaines personnes méritent de se faire pisser dessus."

Les commentaires sur les réseaux sociaux, likés par ses propres amis, par ceux avec qui Emma a grandi, achèvent la sentence, irrévocable, du tribunal social. Emma est belle et jalousée, donc coupable.


De Facebook au lycée, en passant par la famille, les amis, la police : le constat de Louise O'Neill est édifiant, écoeurant. Seule un cadre du lycée intervient pour parler à Emma, tenter de la protéger - prononce le mot, celui qu'il ne faut pas prononcer : "viol". Il faut 104 pages pour y arriver, pour poser quatre lettres sur l'horreur, et c'est exactement comme Emma le prédisait en muselant son amie victime d'abus de la part d'un des même garçons : '"Quand tu prononces un mot comme celui-là, tu ne peux plus faire marche arrière."


Une fille facile est un roman cru, violent, parfois insupportable. Un de ces romans nécessaire, qu'il faudrait pouvoir mettre dans toutes les mains. Mais c'est aussi un roman dont on ne sort pas indemne : il laisse des traces, des séquelles, un arrière goût amer d'inachevé. Un peu (trop ?) comme la réalité.


Tu peux découvrir les premières pages du roman juste en-dessous !



en collaboration avec...

P.O.L.

plon

PRÉLUDES

presses de la cité

RIVAGES

robert laffont

stock

VERTICALES

ZULMA

  • Black Instagram Icon
  • Black Twitter Icon
  • Black Pinterest Icon
  • Mails

©LolliothEque2018 / Tous droits réservés

Powered by HARD WoRK ONLY