Youtube : Derrière les écrans - Vincent Manilève

D'habitude, les enquêtes qui théorisent sur les réseaux sociaux ont toujours au moins 3 ans de retard sur la réalité au moment de leur sortie. Pas ici. Vincent Manilève nous guide dans les méandres du YoutubeGame et nous propose une expérience immersive dans la télé du XXième siècle, documenté, hyper sérieuse mais avec une bonne touche de dérision. Une excursion si réaliste qu'elle ressemblerait presque à un roman.


Sous les jupes des YouTubeur•se•s

YouTube, c'est plus de 400 heures de vidéos postées chaque minute. 1 milliard d’heures visionnées chaque jour. Des tutos beauté, de pastilles humoristiques, du haul ou du DIY à gogo - mais pas que. YouTube, c'est Cyprien, Norman & Natoo - mais pas que. Ce sont des vidéos virales avec des millions de vues au compteur, de la YouTube money qui attise la curiosité des journalistes, une plateforme qui diffuse l'influence. YouTube, il parait que ça fait rêver. Des cadeaux de marques, des voyages offerts, des salaires à douze chiffres : une télé du XXIème siècle. Loin des clichés affligeants du milieu, Vincent Manilève explore tous les tabous du YouTubeGame et nous embarque pour une plongée sous-marine absolument passionnante dans ses coulisses. Que se passe-t-il lorsque la caméra s'éteint ?


Vincent Manilève, c'est un peu un des - voire le - spécialistes français de la YouTube Economie. Il a longtemps observé, commenté, réfléchi à ce qu'il s'y passait dans les colonnes de Slate, avec une bienveillance, une proximité et une impartialité qui manque dans les rédactions tech actuelles. Vincent Manilève, c'est un peu le journaliste qui n'est pas comme les autres journalistes : celui qui a mis les pieds dans le cambouis, celui qui a fait pas mal de kilomètres dans les baskets de ses sujets d'étude pour les comprendre, celui qui ne leur demande pas, dès la première seconde, "et sinon, tu gagnes combien ?".


A travers l'interview de nombreux vidéastes influents, à petit ou gros budget, YouTube, Derrière les écrans dépoussière les préjugés sur le milieu : l'école YouTube, l'argent, la culture du putaclic, le rapport à la vie privée, les partenariats avec les marques, l'intégrité des influenceurs et même les networks : rien n'est laissé de côté. Une enquête indispensable, fascinante, indiscutablement réussie.


YouTube, reflet de la société

« L’algorithme reproduit dans les tendances les billets de visibilité que l’on connaît au quotidien. YouTube, cet espace de liberté incroyable, véhicule les mêmes travers que les émissions télévisées, les séries ou les films. À de très rares exceptions près, il est très difficile pour les créatrices noires de bénéficier de la même visibilité et des mêmes opportunités que leurs consœurs et confrères blancs, ou même de dépasser le cap des 50 000 abonnés. »


Vincent Manilève le rappelle : pendant la campagne présidentielle de 2017, l’extrême droite française a été le premier parti à miser sur YouTube. À la clé, il s'agissait de court-circuiter les médias pour s’offrir une visibilité que la télévision ne lui donnait pas, mais également de sortir du journalisme pour s'engager dans un créneau full communication : plus de confrontation, seulement un message maîtrisé de A à Z. Et la dimension politique de Youtube n'est qu'un début : petit à petit, la plateforme s'est façonné en un microcosme qui reproduit les travers de la société.


Meilleur exemple en date : en février 2018, le Haut conseil À l’égalité entre les femmes et les hommes a signalé 198 contenus social media portant atteinte aux femmes. À ce jour, aucun n'a été supprimé. La liste ne s'arrête pas là : rapport à la nudité, démonétisation des LGBT, discrimination, etc. Le géant américain fait l'autruche... sauf quand il s'agit des marques.


YouTube, marques & influenceurs : un ménage à 3 qui tourne mal

Un rapport annuel de l’entreprise PageFair explique que 615 millions d’appareils dans le monde bloqué des publicités fin 2016, dont 308 millions d’appareils mobiles. Face à cela, YouTube est vite devenu l'eldorado des marques, au même titre qu'Instagram : 40,4 % des vidéos de Sananas contiennent au moins un placement de produit, selon le journaliste. Le risque, c'est que les marques, trop rigides, entendent dicter aux influenceurs quelles photos et quels messages doivent être passés... Jusqu'à l'overdose ?


« Auprès des jeunes, si on est pas authentique, ça peut être la catastrophe, et je pense que les YouTubeurs aussi ont compris qu’ils ont construit un public et qu’ils ne peuvent pas faire n’importe quoi pour n’importe qui, explique Sabine Turkieltaub, responsable du marketing pour HP France. Quand ils travaillent avec une marque, ils sont très précautionneux. Ils font en sorte que cela ne s’éloigne pas trop de leur univers. »


Mais si le privilège des partenariats et placements de produits n'est réservé qu'à une petite partie d'entre eux - ceux qui cartonnent et qui se placent sur des créneaux suffisamment mainstream pour concentrer un nombre de thématiques assez diverses - la monétisation des vidéos à coup de pré-roll est, elle, accessible à (presque) tous.


Mais quand les marques paient, les marques exigent une garantie. Le retrait théâtral des budgets d'Havas a fait office de jurisprudence sur la question. YouTube ne peut pas garantir que la publicité sera accolée à une vidéo non choquante ? Qu'à cela ne tienne : l'agence bannit la plateforme. En pleine "adpocalypse", YouTube réagit et met en place un certain nombre de règles pour que les marques se sentent en sécurité sur sa plate-forme. Quitte à démonétiser à tout va. Après tout, comme le dit si bien Vincent Manilève, « Sur Internet, l’emballage, la promesse, fait tout. »

en collaboration avec...

P.O.L.

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